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Quelques nouvelles juin 2019

Relation entre ces trois sortes de foi. En quoi elles diffèrent de la connaissance ordinaire.

Par leur similitude, la foi en soi, la foi conjugale, la foi paternelle s'épaulent mutuellement et acheminent l'homme vers l'être qui s'ébauche en lui à travers l'éventail d'évènements, de rencontres, d'expériences, que présente toute vie. Elles sont de même nature.

Absolument différentes des connaissances et des convictions ordinaires, ayant une efficacité qui ne relève en rien de méthodes, elles ne s'imposent pas, comme la science et la technique, à l'esprit de quiconque est capable d'imaginer et de raisonner. Elles se présentent cependant à l'homme avec une nécessité non moins stricte. Elles le sollicitent même de façon plus impérieuse, mais d'une autre manière, car elles sont d'un autre ordre.

Cette nécessité singulière exige, pour être perçue, un approfondissement de l'homme que les connaissances scientifiques ne demandent pas. Aussi peut-elle être contestée sans que l'intelligence soit reniée dans sa qualité rationnelle quand l'homme n'a pas atteint une intériorité suffisante ou ne s'y est pas maintenu. Inversement, c'est par un contresens absolu qu'elle est refusée au nom des certitudes qu'apporte la science.

Par la foi en soi, la foi conjugale, la foi paternelle, l'homme s'affronte à lui-même dans sa totalité. Il se trouve mesuré par elles non du dehors mais au-dedans, non suivant une norme générale, comme par ses autres recherches, mais en soi, à son niveau d'être. De façon muette mais décisive, par son option, par la manière dont il la prend et dont il s'y livre, il prononce sa propre sentence.

Ces trois sortes de foi sont intimement liées les unes aux autres. En fait, I'homme accède ordinairement par les deux dernières à la conscience de la première. En aimant, il fait un pas décisif vers l'autonomie personnelle sans laquelle il n'est pas de foi possible. Étant mari et père, il prend en charge sa femme et ses enfants. Il donne à sa vie l'étoffe et le sérieux qui lui facilitent l'accès à la foi en lui-même.

Cependant, en réalité, la foi en soi est la base des deux autres, qui ne peuvent être si elle n'est pas. Parce qu'elle existe en puissance dans l'homme avant même qu'il en ait pris conscience, celui-ci peut expliciter l'originalité de sa foi conjugale et de sa foi paternelle et les distinguer des sentiments qui n'en sont que l'origine occasionnelle, même s'ils sont en fait au début indispensables. Comment pourrait-il croire en sa femme ou en son fils, s'il n'avait pas au moins implicitement en lui la certitude qu'il est lui-même digne de foi ?

 

L’HOMME À LA RECHERCHE DE SON HUMANITÉ.

ChIV : L’INTELLIGENCE DE SA MORT -  Aubier, p 85, 86 et 87