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  • Aquarellemagnanerie

Edito août 2013

1° Rappelons d'abord brièvement quelques caractéristiques du monde actuel car c’est dans ce monde et non dans un autre (ni celui d’hier ni celui du siècle prochain) que nous avons à vivre spirituellement. En effet, pas de vie spirituelle pour Légaut qui ne soit incarnée dans les réalités de l'existence.

Aujourd'hui plus qu'hier encore, dans le contexte de la mondialisation, les anciens repères sociaux et religieux ne sont plus opérants : on voyage, on pratique internet, on a contact à sa porte avec autrui différent de soi. Par ailleurs les grandes idéologies et les religions voient leur déclin s'accélérer. Simultanément de lourds conditionnements ( par les médias, la publicité, les discours politiques) ne favorisent pas la liberté de pensée. On peut ajouter le sentiment d'impuissance qu'éprouvent nombre d'individus face aux dangers et désordres de toutes nature : pollution, réchauffement climatique, crise financière, chômage...
Mais en même temps on trouve également ici et là des gens, jeunes et moins jeunes, qui loin de subir passivement les réalités s'efforcent d'y faire face d'une manière responsable.

2° Dans ce contexte humain,  quels peuvent être les apports spécifiques et positifs de la démarche spirituelle de Légaut ? C’est son mérite d’avoir été un précurseur en percevant avec acuité les racines du malaise de la civilisation actuelle et en proposant non des solutions toutes faites mais une manière de vivre en profondeur qui permette aux hommes de devenir des vivants et non des vécus. C’est à la racine de leur existence  que tous  doivent, selon lui, opérer ce travail exigeant mais libérateur, facteur de maturation et d’approfondissement. Dans cette perspective, selon la place qu’ils occupent dans la société ou dans leur voie spirituelle, ils sauront  traduire concrètement dans leurs différentes fonctions et engagements ce qui les fait vivre intérieurement.

Evoquons quelques points de la spiritualité de Légaut qui peuvent confirmer, éveiller, stimuler nombre de nos contemporains.

1°) Un premier point capital, c’est pour lui d'affirmer que la démarche spirituelle fondamentale n’est pas spécifiquement religieuse.

Elle désigne, selon son étymologie, ce qui donne du souffle à une vie, ce qui lui permet de s’approfondir, de s’humaniser, de s’accomplir dans toutes ses dimensions, de trouver son sens. On confond hélas souvent vie spirituelle et vie religieuse.

Ainsi rappelle-t-il qu’au-delà des particularités d’appartenances et de convictions , ce qui relie fondamentalement les hommes, c’est une quête semblable d’humanisation, si toutefois ils s’efforcent de vivre avec droiture et authenticité. Les exigences auxquelles ils se soumettent intérieurement sont les mêmes pour tous et leurs recherches ne peuvent pas ne pas les conduire à des perspectives et des actions communes. Dans un pays comme le nôtre où la laïcité est une valeur essentielle, la recherche spirituelle qui n’est plus identifiée à une foi religieuse est de « l’essence de l’homme ».

Un 2ème  point de la démarche spirituelle de Légaut qui peut parler à nos contemporains, c’est que face à une tendance actuelle au découragement, au repli sur soi, au sentiment d’impuissance et de résignation passive,  la démarche spirituelle de Légaut se présente comme foncièrement antifataliste. Pour lui, il n’y pas de fatalité qui pèse sur le monde, sur les individus,  sur les sociétés ni sur les  voies spirituelles  pourtant en actuel dépérissement. Certes Légaut est  très réaliste. Il n’est pas naïf. Il ne rêve pas à un monde et une société  idéale. Il est  vivement conscient  du mal qui s’étale inéluctablement et invinciblement dans le monde et au cœur de l’homme sous toutes ses formes. Cependant, il invite à lutter contre le mal sans relâche. La source de  ce combat permanent et sa fécondité, c’est  en la foi en soi-même et  en autrui qu’on doit la puiser et nullement part ailleurs, quoi qu’il arrive. C’est elle qui permet à l’homme de ne pas subir la réalité, de ne pas fuir, de ne pas s’en accommoder.  En cela réside la grandeur de l’homme.  Légaut est là en connivence avec des grands devanciers comme Pascal,  Gandhi, Bonhoeffer…

Un 3ème point qui  manifeste l’actualité de la démarche de Légaut, c'est que son attitude  antifataliste, dont le socle est la foi en soi et en autrui, appelle  à la responsabilité de chacun dans le champ particulier où il vit. La spiritualité de Légaut est enracinée dans le réel, elle n’est pas éthérée. La vie spirituelle, c’est précisément de vivre son existence singulière dans toutes ses dimensions  en en faisant une œuvre spirituelle. Comment cela peut-il se faire ? Cela implique pour l’homme de s’approprier son existence dans toutes ses composantes, de découvrir peu à  peu personnellement sa mission (ce qu'on doit être et faire pour devenir soi-même) La qualité de l’engagement de chacun ressort de la qualité  de sa vie intérieure. La fécondité de son existence est la conséquence de la fidélité à sa mission. En ce sens , l’engagement d’une vie, quelle que soit sa forme, ne répond pas à une idéologie mais à un appel intérieur.

Un 4ème point de la démarche de Légaut qui la rend très actuelle c'est son invitation pressante à « vivre vrai et penser juste » .
Elle implique une recherche permanente et exigeante de lucidité sur soi-même, sur les idées ambiantes, sur les doctrines, les idéologies. Elle appelle simultanément à l’intégrité de sa pensée : sans s'autocensurer, sans se ranger passivement derrière les arguments d’autorité, sans céder aux pressions et aux conditionnements. C'est la condition de la liberté intérieure.
Elle engage à rechercher sans cesse une cohérence entre son dire et son vivre, ce que Marcel Légaut s'est efforcé de pratiquer à longueur de vie.

Conclusion

Dans l'état actuel de notre monde sécularisé, il me semble que l'un des plus grands services que Marcel Légaut puisse rendre à nos contemporains est de les aider  à découvrir ou approfondir leur propre chemin d’humanité. Il est une source inépuisable. L’ouverture à une voie spirituelle particulière sera donnée par surcroît si elle  advient.

Jacques Musset