logo
  • Aquarellemagnanerie

Edito avril 2018

 Le lieu de son humanisation ? Son existence singulière en ses diverses dimensions, vécue avec authenticité : sa vie de célibataire puis de couple, sa vie familiale, sa vie professionnelle d’enseignant puis de berger, son compagnonnage avec ses « camarades » de recherche spirituelle, sa vie nomade de conférencier itinérant,  sa présence à lui-même, son travail d’écriture où il tente  de ne pas exprimer plus qu’il ne vit. Pour Légaut, on ne s’humanise pas hors sol, mais enraciné dans l’épaisseur du réel, avec ses lourdeurs, ses conditionnements, ses imprévus, ses embûches, ses incertitudes.

 La source de son humanisation ? Les exigences qui montent des profondeurs de  sa conscience auxquelles il essaie  de répondre avec authenticité. D’où émanent-elles ? En relisant  son propre parcours, il s’étonne d’avoir pu, en dépit de ses fragilités  et aussi de tant d’obstacles extérieurs, devenir ce qu’il avait à être et découvrir le sens de sa propre vie – itinéraire à ses yeux  tout à fait incertain et même improbable. Comment cela a-t-il pu se faire ?  L’accomplissement humain qu’il constate en sa personne, il en attribue  la force inspiratrice à une action intime qui opère en lui  issue d’une mystérieuse Présence  totalement inconnaissable qu’il appelle « Dieu ». Cette Présence, il l’expérimente fortement, mais « c’est de nuit », selon le mot de Saint Jean de la Croix. Son approche du mystère de « Dieu » ne tombe pas du ciel ; elle est intérieure à sa manière d’inventer pas à pas son chemin d’humanité. Mais elle ne s’impose à personne.

 Les voies de son humanisation ?    Elles consistent pour lui en un travail intérieur d’appropriation  permanente des événements et situations traversées. S’approprier, un mot clé du vocabulaire de Légaut pour évoquer la manière dont tout dans son itinéraire, absolument tout,  est occasion personnelle de maturation et d’approfondissement, y compris ses échecs et ses fautes.   Sur cette voie, Jésus est pour lui le témoin de l’homme accompli en la particularité même de son existence.

 « Soyez humain si vous voulez être original ». L’invitation  de Max Jacob relayée par Légaut ne cesse d’être d’actualité. Si selon ce dernier, dans notre monde sécularisé et par ailleurs soumis à une multitude de vents divers, voire contradictoires, «  le problème central des êtres qui réfléchissent sur la condition humaine » est non pas de se questionner sur Dieu mais « de savoir si la vie a un sens », sa démarche d’humanisation  loin d’être périmée est plus que jamais une voie salutaire. Elle met en communion les humains quels que soient leurs parcours singuliers. Elle leur permet de découvrir leur grandeur. Elle les ouvre à la lucidité et à la liberté intérieure. Elle les fait refuser l’inacceptable et les unit pour édifier un monde vivable et juste.

 Max Jacob et Marcel Légaut, puissions-nous actualiser votre appel en notre temps, avec le même sérieux et le même courage que vous dans le vôtre,  et lui donner corps en des figures inédites ! Que l’oeuvre originale de nos vies soit peu spectaculaire ou plus voyante, chacune est capitale et féconde.

 

Jacques Musset