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Textes

Jésus, Marcel Légaut et nous

Il arrive à chacun de méditer sur le mystère de son insertion personnelle dans l’Histoire - être venu au monde à tel moment et en tel lieu - et de prendre conscience pour son propre compte des apparences accidentelles et de l’improbabilité de son existence. Il est aussi des re-croisements fortuits particulièrement porteurs de lumière, des rencontres qui éveillent, qui engendrent à plus de vie et dont les conséquences s’enchaînent jusqu’à tisser toute une destinée personnelle : telle est l’expérience de ceux à qui il est donné de faire la rencontre, dans toute la vérité dont ils sont capables, de Jésus de Nazareth, dit le Christ. Or, cette rencontre elle-même, à vingt siècles de distance, ne peut se faire sans une succession de relais : depuis le témoignage d’apôtres ou de disciples qui ont écrit des textes appelés évangiles (« Bonnes Nouvelles »), jusqu’aux témoignages de contemporains dont la vie a été transformée et fécondée par le même message. Marcel Légaut est l’un de ces témoins.

A ceux qui l’ont connu, à ceux, plus nombreux, qui l’ont rencontré par ses livres, en prenant la peine de les lire avec attention, Marcel Légaut apparaît comme un de ces pionniers particulièrement lucides, dont l’oeuvre aura puissamment contribué à ce que le message de vie apporté par Jésus continue son travail nécessaire d’humanisation. Heureux qui croise un tel éveilleur.

Mais les vrais témoins ne sauraient être pris pour des gourous capables de susciter des sectes. Au contraire, comme il en est avec Marcel Légaut, l’efficacité paradoxale de leur transmission vient plutôt de ce qu’ils se refusent à toute autorité de commandement et restent à une place modeste d’où ils peuvent aider les autres à grandir et à devenir eux-mêmes, témoignant ainsi d’une inversion tout évangélique des grandeurs. Ainsi, Marcel Légaut ne fait que répercuter un appel. C’est un disciple, qu’un lien vital attache à Jésus de Nazareth ; il n’a lui-même, littéralement, pas de disciples.

C’est grâce à son milieu d’origine et à son Église - l’Église catholique romaine - que Légaut a pu faire de Jésus une rencontre personnelle. Face à ce jeune juif, perçu dès le premier abord comme un homme exceptionnellement accompli, il s’est trouvé engagé à chercher plus avant qui a été ce Jésus, et qui il peut être encore aujourd’hui pour ses disciples. Ces questions, qui touchent aux fondements mêmes de la foi des chrétiens, Légaut les a laissé murir en lui, s’en nourrissant en même temps qu’il les éclairait de sa propre vie intérieure, avant d’en faire la matière principale de son oeuvre. Une telle recherche, menée avec passion, et avec l’exigence d’honnêteté que lui imposait sa formation scientifique, a conduit Légaut à comprendre comment son Église, après avoir été l’introductrice indispensable, a construit au sujet de Jésus toute une christologie, tout un édifice doctrinal, devenu aujourd’hui en grande partie irrecevable. Cette construction, pourtant nécessaire au départ, compte tenu des mentalités du temps, est devenue religion établie, pourvoyeuse de croyances, et pour beaucoup de nos contemporains, un obstacle à la foi.

Dans le sillage de Marcel Légaut et de quelques grands spirituels contemporains, nombre de chrétiens osent aujourd’hui accueillir de tels questionnements, et vont jusqu’à admettre qu’il est devenu nécessaire de dépouiller le crucifié du Golgotha de ce dont on l’a abusivement revêtu, de le débarrasser en particulier de sa qualité de « Dieu » conçue de manière traditionnelle, pour que Jésus retrouve sa pleine grandeur, sa pleine dignité d’homme, et pour qu’il puisse alors susciter un attachement en profondeur, une foi, voire une communion spirituelle non susceptible d’idolâtrie.

Bien des mises en question qui s’imposent aujourd’hui dans le désarroi de la modernité sont de nature à inquiéter, à déstabiliser, parfois à scandaliser certains croyants sincèrement soumis à l’enseignement traditionnel de leur Église. Il est sans doute inévitable qu’elles soient souvent mal perçues, qu’elles passent pour un manque de foi, ou pour une préoccupation seulement intellectuelle qui détourne d’une vie réellement inspirée par l’Évangile. Marcel Légaut, conscient de leur gravité les a posées en homme de foi et de fidélité, jamais de façon polémique. Respectueux de tout croyant sincère, il savait trop que notre Jésus, Marrecherche ne vaut que par ce que nous sommes, selon la vérité de ce que nous vivons. Ce chercheur exigeant, qui laisse une oeuvre écrite importante était pourtant avant tout - paradoxalement - un homme de silence et de méditation. Privilégiant l’être sur le dire, il se voulait solidaire de la multitude de ceux qui, ne se posant pas les mêmes questions, témoignent simplement d’une qualité d’humanité dont Jésus a suprêmement manifesté l’espérance sur la terre.

On imagine aisément à quels honneurs mondains et à quels sommets sociaux les dons exceptionnels de Marcel Légaut auraient pu lui permettre d’accéder. Mais en abandonnant la situation protégée de l’universitaire pour vivre avec sa famille une vie de paysan montagnard, l’homme de science a plutôt choisi l’ « échec » social. Sa réussite est d’un autre ordre. Aussi son oeuvre est-elle de celles qui ne passent pas. Parce que ses écrits sont de nature à éclairer en chacun un chemin de vie essentiel, ils sont source pour le lecteur d’un approfondissement personnel, d’une croissance dans l’intériorité et la responsabilité, en même temps qu’ils appellent à une collaboration fraternelle les personnes qui partagent les mêmes questions vitales.

C’est pourquoi des hommes et des femmes de ce temps sont résolument engagés sur les chemins qu’il a ouverts, s’efforçant de poursuivre la même quête, de la prolonger avec la même exigence, conscients pourtant de courir un double risque : celui d’attiédir son message, et inversement, celui d’être perçus comme des destructeurs de la foi à laquelle ils se veulent fidèles. Ils se retrouvent en divers endroits, en France et à l’étranger (Belgique, Espagne, Suisse, Allemagne, Québec, etc.) en groupes de recherche et de partage, formant un vaste réseau fraternel : l’Association culturelle Marcel Légaut, dont le siège social est à La Magnanerie (26270 Mirmande), lieu d’accueil et centre de concertation principal des amis de Marcel Légaut.