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Vie des groupes

Cheminer avec Teilhard de Chardin et Marcel Légaut

Notre session clôturait en quelque sorte la saison d’été à Mirmande. Nous fûmes en fin de compte quatorze personnes à avoir répondu présents au thème de la session. La répartition entre « teilhardiens » et « légautiens » fut égale. La Belgique, représentée par Arlette Lepot et Marleen Lismont, et l’Allemagne, représentée par Peter Tvrdy, venu en moto de Darmstadt,  donnaient à la session une allure de colloque européen.

La session se proposait d’abord d’éclairer la relation du jeune catholique Légaut, étudiant à Normal Sup, au prêtre qu’était le P. Teilhard de Chardin, chargé de cours de paléontologie à l’Institut catholique, lorsque ce dernier, de retour de Chine, venait rendre compte de ses découvertes et de sa pensée. Après la présentation des deux biographies et des grandes lignes de leurs pensées, Chantal Amouroux, suite à ses nombreuses recherches, nous révéla maints aspects méconnus de cette relation et de l’influence réciproque qu’ils eurent l’un sur l’autre. En effet Légaut fut influencé par la personnalité intègre du P. Teilhard et par sa pensée novatrice, celui-ci bénéficiant du contact avec ces jeunes catholiques de l’élite française pour affiner et mûrir sa pensée. Ils se seraient rencontrés pour la première fois le 17 novembre 1924 chez le P. Portal, au 14, rue de Grenelle, puis lors des conférences et des retraites données aux Talas puis au Groupe Légaut jusqu’en 1939.

Dominique Lerch, nous accompagna, dans cette découverte, pour évoquer le contexte religieux et idéologique de l’époque, dont « la crise moderniste ». Il nous conduisit du « Syllabus » de Pie IX en 1864 à la veille de la deuxième guerre mondiale, en passant par le concile Vatican I (1870), l’Affaire Dreyfus (1894-1907), la loi de 1905, l’excommunication d’Alfred Loisy en 1907, etc.

Les journées furent denses et studieuses tant par l’explicitation des voies spirituelles de ces deux penseurs, qui chacun à leur manière ont creusé leurs sillons dans l’univers chrétien, que par les échanges que nous avons pu avoir entre nous. Nous avons trouvé qu’ils étaient très complémentaires, l’un dans une vision globale du destin de l’humanité, l’autre dans une approche singulière du destin de chaque être humain, l’un plutôt en référence au Christ Cosmique de saint Paul et de saint Jean, l’autre plutôt au Jésus des trois autres Evangélistes. Il est indéniable que Légaut a été fortement influencé par Teilhard ; à force de les relire, on peut  parfois percevoir chez Légaut telle formulation que Teilhard utilisait, mais aussi telle autre où il s’en écarte parce que sa voie est bien distincte de celle de Teilhard. A la fin de la session m’est apparue une forme de double paradoxe où se croisent ces deux destins, face à l’absolu de Dieu : Teilhard, le prêtre de l’Eglise catholique, est reconnu aujourd’hui pour sa vision de l’avenir de l’humanité en tant que scientifique, convergeant vers le Point Omega alors que Légaut, mathématicien et laïc, est reconnu aujourd’hui pour sa vision de chrétien de base en tant que catholique et comme homme « en Dieu » selon une vocation inscrite dès l’enfance ! Deux passions, celle de la Science pour Teilhard et celle de Jésus pour Légaut, de quoi déranger les ordres établis dont ils sont issus …

Le dernier jour fut consacré à ce qui relève de l’ordre de la mystique, cet immense continent où s’épanouissent les saints, les héros  et les « fous de Dieu », dans leur singularité propre, toujours suspecte pour les structures auxquelles ils appartiennent. Ce fut chose facile pour Chantal  de trouver les références en ce qui concerne Teilhard ; ce fut plus difficile pour moi en ce qui concerne Légaut, car il n’y a pas de trace d’expérience mystique fondatrice chez Légaut, surtout que ce dernier critique le « providentialisme » comme « l’illuminisme »1. J’ai alors argumenté que Légaut est un mystique de la foi, sous ses différentes formes, de la « foi en soi » à « la foi nue », mais sans expérience mystique comme on l’entend généralement.

L’ensemble des textes qui ont été distribués feront l’objet d’un livret d’une centaine de pages que les deux associations pourront diffuser à leurs adhérents et au-delà. Rien n’a été décidé pour 2017.

Merci encore Chantal, pour tout le travail accompli !

Georges Glaentzlin

1 « Devenir soi » - M. Légaut – Aubier – 1980, pages 119 et 139.

« Aquarelle de la MAGNANERIE » peinte par Jean-Nicolas MAISONNIER durant la session.