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Quelques nouvelles décembre 2019

LES TRANSPARENCES DU REEL - Marcel LEGAUT, août 1984 (Belgique)

Il est capital pour le développement de la vie spirituelle de discerner la radicale hétérogénéité de nature entre les activités qui permettent à l'homme d'accueillir et de s'approprier ce qui se présente à lui, et celles où il se borne à le subir et à s'en accommoder. Certes les premières ne peuvent pas exister sans que d'une certaine manière les autres ne soient présentes aussi, mais il y a des façons de passivité et d'adaptation qui restent tout à fait étrangères à l'accueil et à l'appropriation.

Pour approfondir ce qui différencie l’une de l’autre ces deux espèces d’activité, il semble utile de distinguer et de considérer successivement les trois domaines où l’homme doit recevoir pour devenir lui-même. Cette distinction cependant est pure abstraction.

La réalité dans laquelle l’homme est immergé, et d’où il émerge à mesure qu’il progresse vers son humanité, est fondamentalement une et relève toujours d’une façon ou d’une autre de ces trois secteurs inextricablement imbriqués les uns dans les autres.

a) L'homme vit en société où il exerce normalement un métier au une fonction. Aussi doit-il observer les règlements qui sont impliqués dans cet exercice. Il doit obéir en outre aux lois qui permettent à la société de vivre selon un ordre adapté aux besoins et aux possibilités de ses membres. Dans certaines collectivités (confessions religieuses) ou organisations (partis, syndicats) il doit aussi, pour y être accepté et pour participer à leurs activités, se plier à la discipline imposée et adhérer à la doctrine régnante. La manière d'observerPaysageLumire les règlements et d'obéir aux lois, de se plier à la discipline, d'adhérer à la doctrine, a des conséquences considérables pour la vie spirituelle et en retour est très dépendante de celle-ci.

b) L'homme vit dans le Monde de la matière et de la vie d'où il est issu et dont il tira ce qui lui est nécessaire pour subsister.

Il a sans cesse affaire avec les phénomènes du règne minéral, végétal et animal et dont la science lui découvre peu à peu les mécanismes. Par ailleurs il fait partie du « peuplement humain » et est lié aux évolutions collectives qui s’y développent massivement à travers les temps et les lieux. Tous ces événements le dominent, pèsent sur son existence et peuvent arriver à le menacer. L’appropriation de ces événements à ce qu’on est par la façon de les penser et de se comporter à leur égard, peut autoriser à tirer un bien de ce qui est par nature étranger sinon hostile. Cette appropriation dépend de la vie spirituelle de chacun. Elle peut lui permettre l’accès à des élévations que nulle initiative purement intérieure ne saurait lui faire atteindre.

c) Dans les perspectives précédentes, quand autrui est rencontré, il l’est uniquement sur le plan où il exerce un métier ou une fonction, ou encore en tant qu’il est cause de l’événement. Mais il peut être joint aussi à un tout autre niveau, là où il est reconnu en lui-même.

La rencontre en profondeur avec autrui, celle où  il est en quelque manière rejoint en lui-même, exige bien davantage que d’être seulement déclenchée par les circonstances extérieures. Pour atteindre l’ouverture et l’accueil qu’exige une telle rencontre, l’homme doit y être intimement porté pour qu’il s’y attache de façon particulière. Et même le peut-il avec quiconque ? Peut-il même provoquer volontairement cette rencontre en profondeur sans risquer de la compromettre ?

Que ne faut-il pas en outre pour qu'elle se développe et s'approfondisse ?