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LE CHEMINEMENT DE JÉSUS (6)

Jésus très vite retourne dans son village. Dans l'évangile de Jean où on a certainement, comme dans Marc, des témoignages assez directs de ce que Jésus a vécu (les préoccupations des synoptiques étaient tout autres), nous voyons Jésus en train de baptiser de l'autre côté du Jourdain, Jean-Baptiste d'un côté, Jésus de l'autre, une sorte de concurrence. Mais Jésus avait sa manière de prêcher qui n'était pas tout à fait celle de Jean-Baptiste. C'était grâce à Jean-Baptiste qu'il prêchait, mais ce n'était pas de la même manière. De ce fait, les disciples de Jean-baptiste et ceux de Jésus ont commencé à discuter et à se disputer. (En somme, les premières rencontres théologiques !). Nous avons cela dans le 4e évangile (Jn 3,25). Jésus à ce moment-là arrête.

Là se place la découverte progressive que Jésus a probablement faite de sa mission. (L'évangile de Marc le montre bien). Celle-ci n'est pas au niveau de l'enseignement d'une doctrine, mais au niveau de rencontres personnelles, non pas au niveau de ce qui est dit, de ce qui est fait, mais au niveau de ce qu'on est. Sa mission n'est pas d'enseigner mais d'être et, dans la mesure où on ne se contente pas d'un enseignement mais où il y a ce contact de cœur à cœur, on travaille en profondeur pour l'avenir. Là est l'essentiel de l'évangile de Marc.

Jésus revient dans son village, son heure n'était pas encore venue. Jean-Baptiste continue d'avoir une très grande influence dont on ne parle pas trop dans les évangiles parce qu'on insiste surtout sur la mission de Jésus. Il ne faut surtout pas trop majorer cette influence. Il est très probable qu'il a soulevé des espérances messianiques, comme il y en a eu du côté de Jésus. Surtout, il a une grosse influence sociale, religieuse et même politique. Hérode en prend ombrage, le fait arrêter et décapiter. La mort de Jean-Baptiste était une prémonition de la mort de Jésus.

Au moment où Jean-Baptiste a été enfermé, Jésus à nouveau repart. Mais alors, ce qui montre sa différence, c'est qu'au lieu de remplacer Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain, pour continuer à baptiser, il va dans les villages. Il n'attend pas les gens pieux, il va au tout-venant. Cela est capital, car ça manifeste en Jésus sa compréhension de la grandeur de l'homme, des potentialités des hommes de tous bords, qui dépasse de beaucoup ce que les dévotions et la piété permettent de vivre chez les gens les plus pratiquants. Jésus croit en l'homme et il y croit au-delà de ce que les pratiques et croyances religieuses permettaient de penser d'eux.

C'est un élément capital de ce que Jésus est venu apporter par sa vie. Croire en l'homme au-delà de ce qu'il fait et de ce qu'il dit, parce que ce qu'il est n’est pas épuisé par ce qu'il fait ni par ce qu'il dit, ni par la conscience qu'il a de lui-même. Il est au-delà de la conscience qu'il en a. (à suivre)

Marcel LÉGAUT Annecy, avril 1988

Articles et Conférences
Cahier 8, tome III p. 555-556