logo
  • Entete1
  • Entete10
  • Entete11b
  • Entete2
  • Entete3
  • Entete4
  • Entete5
  • Entete6
  • Entete7
  • Entete8
  • Entete9
  • Accueil

Bienvenue

imagebienvenueL’Association Culturelle Marcel Légaut a pour mission de transmettre la pensée de  Marcel Légaut, un spirituel pour notre temps. Marcel Légaut (1900-1990), dont la particularité était d’associer la recherche spirituelle avec la vie communautaire.

Poursuivant cette approche, nous proposons chaque année des rencontres à la Magnanerie, située dans le village perché de Mirmande (Drôme).

L’œuvre de Marcel Légaut, habitée par une exigence d’authenticité humaine permet d’approcher les questions de l’existence que chacun se pose à un moment de sa vie.

Edito février 2021

« Rien n’est plus défatigant qu’une joie »

Dernières  nouvelles  du « Monde », 31 décembre 2020

« Rien n’est plus défatigant qu’une joie, rien n’est plus fatigant qu’une angoisse. L’être humain ne fait pas que vivre mais exerce le dur métier d’exister : il doit inventer les chemins de sa vie. L’humanité est une tâche autant qu’un don, et ce devoir d’inventer,  cette tâche, l’expose « ontologiquement » à la fatigue.
Plus exaltante, mais aussi plus difficile, qu’un hier stable, est la vie dans une époque complexe, incertaine,  ondoyante et liquide.  Le post-moderne est sommé de s’adapter, de manière permanente, à un monde impermanent. 
Nous sommes comme des caméléons sur un kaléidoscope que menace le burn out et qui, quand tout s’accélère, sentent un point de côté de l’âme.  Sentiment de ne plus pouvoir suivre alors même qu’on s’y efforce. 
On dort de moins en moins… S’endormir c’est descendre dans une étrange sphère d’oubli, descente indispensable à la reconstitution de la « nappe phréatique de soi ».
Le confinement a changé nos corps. Le bore-out (l’ennui)  n’est pas plus facile à vivre que le burn out. Et surtout rien ne remplace la grâce et l‘appel de l’autre qui ne remplace pas sa présence.  Le pain appelle le copain. 
La joie, n’est-ce pas l’ouverture, la « dilatatio  animae et corporis » (la dilatation du coeur et de l’esprit) ? Oui, rien de plus défatigant qu’une joie.
Interview d’Eric FIAT, philosophe, éthique médicale

Tels étaient les derniers mots imprimés du Monde le 31 décembre 2020 dernier. On y a fait de larges coupes, tout en conservant la teneur du texte. Qu’entendre ? Que dire ? Il me faisait ressentir l’atmosphère des rencontres de Mirmande. Confiné, je passe de longs moments à converser avec Marcel Légaut, le plus souvent, en dialogue avec ses contemporains... Je relis certains topos des Granges 1962 !  Je retiens ainsi :

Permanence des crises. Permanence de la crise.  Savoir, se savoir installé dans une crise durable, ininterrompue : la crise du Modernisme avec sa part de délation et de lutte au plus  haut sommet (née de l’impossibilité de lire les textes bibliques tels quels, face au langage de la science et de l’histoire). Nous sommes encore et peut-être plus que jamais en conflit moderniste. Les courants traditionnels, malgré le pape François, ont repris le contrôle des diocèses et imposent leur style retro, leurs soutanes et leurs génuflexions. Curieux et douloureux renversement de tendance après le temps du Concile Vatican II, chargé de tant d’espoir.

Dans ces contextes, entendre à nouveau les mots fondateurs de Marcel Légaut : approfondissement, aller aux profondeurs. Ne pas se laisser ébranler par les réactions de surface. Descendre au fond de soi.

Viser l’authenticité : valeur du temps, du silence. Non pas sincérités successives qui vous entraînent dans le superficiel, mais creusement d’un sillon puissant qui porte du fruit, silencieusement. 

Singularité : croissance de soi à partir d’une expérience éprouvée,  ne pas se laisser mouler de l’extérieur mais croître par appropriation patiente, faire sien l’évènement, le penser, le réfléchir.

Grandeur de l’homme : « Car c’est à travers cette grandeur humaine que nous découvrirons la grandeur de Dieu. La foi en l’homme, en soi, pas en l’homme en général, la foi en soi-même, c’est l’autre face de ce que nous appelons la foi en Dieu. Les deux choses sont intimement liées. Et nous avons besoin de croire en l’homme, de croire en nous pour pouvoir croire en Dieu. Croire en l’homme, ce n’est pas simplement être humaniste. Ce dont je suis en train de vous parler,  ce n’est pas du tout une croyance d’humaniste, c’est la croyance que l’homme a en lui vis-à-vis de lui-même, c’est la foi qu’il peut avoir en soi. C’est bien autre chose qu’une confiance,  c’est la foi en sa grandeur. Il y a dans ces pauvres types que nous sommes quelque chose de plus grand que nous-mêmes et ce plus grand que nous-mêmes,  qui est   déjà nous-mêmes, c’est la marque de Dieu. C’est par là que nous atteignons la réalité de Dieu en nous, la réalité de Dieu lui-même. » 

Topo des Granges, 1962 p.37)

Cette manière déjà de parler de la foi en soi rendait pour moi la même tonalité de « joie » que ce qu’écrit Eric Fiat à la veille de cette nouvelle année. Sans bien savoir la forme que prendront nos rencontres en cette année 2021. Le programme de la rencontre de Pâques 2021 est particulièrement attirant. Comment ne pas les souhaiter réelles et présentielles ? 

Joseph Thomas

Quelques nouvelles février 2021

LA RENCONTRE DE L'AUTRE EN PROFONDEUR - LES DEUX PREMIERS NIVEAUX

1. Le respect de l'autre

Habituellement, dans notre société, on respecte l'autre dans ses comportements. Mais si on admet que l'autre est autre chose que ses comportements, qu'il est mystère, qu'il est différent de nous, qu'il a un chemin à faire différent du nôtre, qu'il assure son chemin avec des cadences différentes des nôtres, nous allons vers un au-delà des comportements. Le respect devient de plus en plus exigeant au-delà de la bonne petite morale familiale ou sociale qui consiste à ne pas lui marcher sur les pieds autant que la chose est possible.

Une des difficultés majeures que l'on a lorsqu'on est père ou mère est de respecter la cadence et le cheminement de ses enfants. En particulier dans les périodes où l'histoire va vite, où les conditions de vie sont très différentes, les générations se séparent non seulement parce qu'elles ont besoin de se séparer pour devenir elles-mêmes mais parce qu'elles sont entraînées par le milieu sociologique qui change très vite. En ce moment, les enfants ont à faire des chemins et à suivre des cadences tout à fait différents de ceux de leurs parents. C'est difficile pour un père ou une mère d'accepter que son fils doive, précisément pour atteindre ce qu'il doit être, prendre un chemin différent de celui qu'ils ont pris eux-mêmes. Les parents ont toujours l'idée que leur formation était très bonne. Donc respecter le cheminement et les cadences de l'autre, ça va bien au-delà du respect des comportements.

Là où il y a la moindre trace de sectarisme ou de propagandisme, la vie spirituelle est gravement menacée. C'est pourquoi la paternité et la maternité nous introduisent dans la vie spirituelle si nous n'y sommes pas encore parce que, par l'amour que nous portons à nos enfants, nous sommes conduits à faire vis-à-vis d'eux des actes de foi que nous ne ferions pas nécessairement vis-à-vis d'un autre car cela nous tiendrait moins aux entrailles. Respecter ainsi ses enfants dans leurs cadences, nous sommes en plein au niveau de la foi, au niveau du mystère. Ce respect n'est déjà pas facile à observer. En principe, il doit être accepté quel que soit celui qu’on rencontre.

2. L'intérêt pour l'autre

Beaucoup plus exigeant que le précédent et qui introduit dans la vie spirituelle, dans la mesure où on l'observe, par suite des exigences qu'il impose, on doit porter intérêt à l'autre, l'aider à vivre. Cela amène à faire passer l’intérêt de l'autre avant son propre intérêt et demande des sacrifices importants correspondant à la vie spirituelle qu'on peut avoir. Cela suppose aussi une certaine imagination pour découvrir la manière dont on peut aider l'autre. Cette aide implique déjà qu'on le respecte. Il y a un paternalisme qui se présente comme un intérêt pour l'autre mais qui ne le respecte pas. Le paternalisme consiste à vouloir aider l'autre de la manière dont on juge soi-même qu'il doit être aidé. On n'est plus au niveau du respect. Quand il y a différents niveaux dans un comportement, les niveaux supérieurs impliquent toujours l'existence des niveaux inférieurs et, inversement, le niveau inférieur peut exister sans le niveau supérieur.

Marcel LEGAUT,Retraite à St-Hugues de Biviers, nov. 1980 (suite 1)