Edito mai 2026
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Ces liens qui nous unissent
Ces liens qui nous unissent, qui nous rendent uniques, chacun par rapport aux autres, et qui font de nous des êtres de plus en plus uniques les uns pour les autres; différents et singuliers, précieux (un pluriel fait de singuliers précieux, une communion de singuliers?)
Ce lien qui, comme le furet de la chanson « est passé, passe, et repassera »… par certains lieux eux aussi uniques, comme Mirmande pour une grande part d’entre nous, lecteurs de ces lignes, ou ailleurs possiblement, mais sûrement entre nous tous d’abord, dans cette amitié entre nous, et encore plus sûrement en nous-même, au fond de nous-même, au dedans de cette intériorité qui est nôtre, dont nous avons le bonheur et la responsabilité de prendre soin, de la prendre au sérieux, de l’habiter de présence (Présence?), et de présences, comme Marcel Légaut n’a cessé, ne cesse, de nous y inviter.
Intériorité : ce lieu de notre foi, là-même où celle-ci tient son assise et prend son essor ; ces lieux d’intériorité où viennent se déposer, décanter et peut-être aussi essaimer, le suc et le parfum de nos vies. (Et je dirais, personnellement, le lieu d’exercice premier, prioritaire, de notre intelligence du cœur dont nous avons bien besoin tout particulièrement dans les périodes tourmentées que nous connaissons actuellement et trop souvent malheureusement).
En ces lieux se ravivent les souvenirs, le passé commun, ainsi que nos racines les plus personnelles… Heureux souvenirs car… il y a ces temps de la vie qui nous font vivre comme en « diaspora », pour le moins hors de nos lieux « historiques » de prédilection lorsqu’il s’avère difficile pour nous de nous y rendre, momentanément ou de facto, et Mirmande, entre autres, nous apparaît si éloigné… Mais ces liens que nous avons tissés ne restent-ils pas présents au fond de nous, si vivants, toujours ?
Et puis parfois il y a ces clins d’œil que nous fait la vie : certains événements, que nous pensons « fortuits » quand ils arrivent, ne sont-ils pas bien plus que fortuits, « forts » surtout, comme par exemple retrouver « au loin » une image « proche » (ou le contraire) ? J’évoquerai à ce propos, simplement, l’« orante » de l’oratoire de la Magnanerie dont la belle et grande photo accompagne nos recueillements du matin quand nous séjournons à Mirmande. Notre orante est en fait (faut-il le rappeler?) la Marie-Madeleine de la « Mise au tombeau » de l’abbatiale Saint Pierre de Solesmes. Cet ensemble sculpté à la toute fin du XVème siècle comprend une dizaine de personnages. Eh bien, sans aller à Solesmes, on peut le retrouver en copie (certes de plâtre), mais belle copie grandeur nature, à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris. Ce que j’ai découvert par hasard et à mon grand étonnement cet hiver, lors de la visite d’une exposition. Étonnement double, car là, Marie-Madeleine n’est plus seulement l’image inspirante que nous apprécions à la Magnanerie, un peu en position d’icône ou de modèle pour nous, pourrait-on dire. Non, là, sa présence, dans le cadre où elle est représentée, et apparaît, prend un autre « relief » et s’étoffe de la scène dont elle fait partie, et tout à coup sa posture-même m’étonne, elle ne va plus de soi comme lorsque je la voyais à Mirmande ! (Et quand aussi je l’ai recopiée en dessin à destination de la nouvelle édition de Prières d’homme). Là, maintenant, sa posture s’impose dans la différence par rapport aux autres personnages, eux debout, elle assise, les uns autour de Jésus mis au tombeau, elle, par devant, proche de nous, et dans un recueillement que rien ne semble devoir arrêter. Cette présence de Marie-Madeleine à la scène qui se déroule, tout en s’y tenant « décentrée », ne cesse de me solliciter depuis cet hiver, comme une invitation à… ?
Je ne sais en dire plus.
Anne Seval
Quelques nouvelles mai 2026
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LE CHEMINEMENT DE JÉSUS (2)
Pour moi, l’important n’est pas tant de comprendre la vie de Jésus que d’entrer dans l’intelligence de son existence. Pour cela, je n’ai pas besoin de savoir tout ce que Jésus a dit, tout ce qu’il a fait ; il me suffit d’une intelligence des moments-clés qu’il a dû vivre qui ne sont pas sans relation avec ceux que j’ai découverts dans ma propre vie. Cela va me permettre d’entrer dans le mystère de son existence de façon tout autre qu’en simple historien.
C’est donc à la lumière des Écritures, lues au niveau où je suis moi-même, que je peux atteindre une certaine intelligence de ce qui s’est progressivement développé en Jésus et qui va être pour moi une lumière, puisque cela me montrera la direction que j’ai moi-même à prendre pour me développer suivant ma propre voie, dans la ligne des potentialités qui sont miennes. Vous voyez la liaison intime qu’il y a entre l’intelligence de mon existence et l’intelligence de celle de Jésus.
J’insiste beaucoup, comme vous le savez, sur cette sorte de communion au niveau de l’existence. Au niveau de la vie, Jésus a vécu dans des conditions tout à fait différentes des miennes, ce qui fait que je ne vois que des différences, mais au niveau de l’existence, là où nous sommes sous-jacents à la réalité quotidienne contingente de chacun, nous atteignons un fond commun, une réalité fondamentalement une qui nous permet de recevoir de lui, et d’apporter par ce que nous sommes, une lumière nouvelle sur ce qu’il a été. Les deux choses sont liées.
C’est à ce niveau que je voudrais parler de l’existence de Jésus.
Vous voyez combien c’est subjectif ! Mais ne prenez pas le mot subjectif dans un sens péjoratif, c’est-à-dire des idées qu’on se fait grâce à une imagination pieuse, grâce à une manière de se défendre ou de se confirmer, ce qui est toujours sous-jacent dans les jugements sur nous-mêmes ou sur les autres. Nous sommes toujours en train de nous défendre de l’autre, de nous affirmer de manière à conserver une certaine autonomie, d’affirmer une certaine réalité existentielle à côté de l’autre, différent de nous. La subjectivité dont je parle est quelque chose de plus enraciné dans la vie quotidienne, dans ce que je deviens, quelque chose qui a d’autant plus de poids qu’il y a une relation secrète, non recherchée, entre tout ce que j’ai vécu et ce que je vis maintenant.
Évidemment, méditer là-dessus n’est pas suffisant. Pour réfléchir, il faut partir des Écritures, de ce que les quatre Évangiles nous disent de Jésus. Ce qui aurait été précieux serait d’avoir des écrits de ceux qui ont vécu humainement avec Jésus, les douze, mais nous n’en avons pas. Ceux qui étaient autour de Jésus étaient des pêcheurs, des paysans qui ne savaient ni lire ni écrire. C’étaient des hommes suffisamment profonds pour s’accrocher à Jésus, le suivre, malgré toutes les difficultés que cela pouvait présenter, mais ce n’était pas des gens cultivés. (à suivre)
Marcel LÉGAUT Annecy 1988
Articles et Conférences (Cahier 8 Tome III)
Ed. Xavier Huot, p. 553


