Quelques nouvelles avril 2025
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DEVENIR DISCIPLE DE JÉSUS (2)
Jadis, nous étions trop facilement chrétiens. En pays de chrétienté, il suffisait de faire comme tout le monde pourêtre chrétien, pour être chrétien comme on pensait que cela suffisait de l’être. Heureusement que depuis vingtsiècles, il y a eu des chrétiens qui ne se contentaient pas d'être comme tout le monde. C'est grâce à eux que l'Église a pu vivre à peu près et, au vingtième siècle, est encore suffisamment vivante pour espérer qu'elle survivra àla crise vigoureuse qu'elle traverse maintenant.
Nous sommes à une époque, et sans doute cela va s'accentuer, où, pour être chrétien, il ne faudra plus fairecomme tout le monde parce que tout le monde fera autrement. Il faudra avoir du caractère pour être chrétien.Jadis, il suffisait d'être un bon garçon ou une bonne fille. Il faudra découvrir par le dedans la grandeur dumessage chrétien et, plus encore, la transcendance de celui qui en est l'origine. Et non pas simplement adhérer à une doctrine sur Jésus par bonne volonté, je ne dirai pas par crédulité quoiqu'elle y soit bien un petit peu, par docilité.
Certes, nous avons besoin de l'Église, c'est grâce à elle que nous avons cru en Jésus, mais entre croire en Jésusà travers une christologie, une doctrine, un catéchisme, et croire en Jésus parce qu'on l'a rencontré comme l'ontrencontré les premiers disciples qui n'avaient pas de christologie à leur disposition, c'est tout autre chose.
Dans les conditions où nous vivons, il est probable que ne resteront chrétiens, et en tout cas des chrétiensqui aideront l'Église à vivre, que ceux qui, à leur manière, selon leur temps, suivant leur cadence, arriveront àactualiser, à se rendre réel ce que Jésus a vécu avec ses disciples, et ainsi ce Jésus, qui est né et est mort il y avingt siècles, leur deviendra plus présent dans leur vie quotidienne que les gens qu'ils rencontrent. C’est ce quej'appelle «devenir disciple».
C'est autrement plus exigeant que d'étudier des livres de théologie. Je ne dis pas que les livres de théologie nesont pas utiles mais ils sont insuffisants. On peut être un excellent théologien suivant les normes universitairessans être le spirituel qu'il faut être, qu'il faut devenir pour être un disciple, parce qu'il ne s'agit pas de savoir cequ'il faut penser de Jésus, il faut en vivre.
Dans nos milieux intellectuels, on confond souvent penser et vivre. Vivre exige certainement qu'on pense etmalheur à ceux qui croient vivre sans penser ou contre la pensée. Cela suppose de la part de chacun d'entrenous un effort qui transforme la vie, une conversion par le dedans qui n'est peut-être pas ébouriffante, claironnante, mais qui est profonde, qui commence et ne se termine pas, la conversion de toute la vie. (à suivre)
Marcel LÉGAUT, Bruxelles 1976
Marcel Légaut Arcles et conférences
Cahier 8 Tome II (Ed. X. Huot)
Edito - avril 2025
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Le devoir de résister
Notre monde se trouve actuellement dans une situation tragique. Deux pouvoirs politiques puissants, le russe et l’américain, ne connaissent que la loi du plus fort pour conforter leur pouvoir et faire triompher leurs propres intérêts, tout en s’entendant secrètement pour arriver à leurs fins, à savoir notamment pour chacun d’eux affaiblir et fracturer l’Union Européenne et dominer une partie de l’espace européen, l’Ukraine disparaissant dans l’escarcelle de la Russie de Poutine. Nous sommes directement concernés, que nous en ayons conscience ou non.
Dans ce contexte, où la tentation peut être de céder au sentiment d’impuissance, d’indifférence même, et de se replier sur son confort personnel, la démarche spirituelle de Marcel Légaut qui insiste tant sur la lucidité et la responsabilité dans la conduite de son existence peut-elle nous aider à vivre cette période « en vivants et non comme des vécus », selon son expression ? À chacune et chacun d’inventer sa manière de résister. J’en évoque quelques formes possibles, pratiquées sans doute déjà par nombre d’entre nous.
- Nous informer, ce qui nous fait comprendre l’actualité et ses enjeux. C’est exigeant mais déjà en le faisant nous ne sommes pas passifs, nous développons notre liberté intérieure. Citoyens éclairés nous ne nous laisserons pas endormir par n’importe quel discours enjôleur, venant de l’extérieur comme de l’intérieur !
- Lors d’échanges, nous pouvons aider des personnes à mieux prendre conscience de la réalité, à démonter des mensonges et des propos faussement rassurants, ce qui est rendre un réel service à autrui.
- Nous associer positivement aux manifestations de soutien à l’Ukraine et de rejet des méthodes brutales des gouvernants russes et américains, ainsi que de leurs arguments plaidant, sous couvert de paix, des attitudes de démission.
- Face aux attitudes des pouvoirs russes et américains qui jouent la violence et la surenchère, développer en nous et entre nous dans notre quotidien des attitudes d’écoute, de soutien et de compréhension d’autrui, et aussi vivre les désaccords et les conflits en cherchant des compromis.
À travers chacune de nos formes personnelles de solidarité et d’engagement, nous participerons au nécessaire combat pour la défense de nos valeurs déclinées dans la déclaration des droits de l’homme, et dans celles qui unissent les pays de l’Union Européenne. Ce combat est-il d’ordre spirituel ? Oui à n’en pas douter, comme tout ce qui défend les humains contre ce qui peut les asservir et les dominer injustement.
Jacques Musset
Où Marcel et Marguerite Légaut mettent-ils les pieds en s’installant aux Granges-de-Lesches (Diois) en novembre 1940 ?
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Quand je suis arrivé dans mon pays, il y a trente-sept ans déjà, tous les hommes qui [155] professaient la religion catholique (la région est en gros mi-catholique, mi-protestante) allaient à la messe régulièrement les dimanches (sauf en automne, pendant l'ouverture de la chasse…). C'était chez eux une coutume qui remontait à des siècles... Depuis que la messe n'est plus célébrée dans leur village que de temps en temps, à intervalle de plusieurs mois – et demain ce ne sera plus que pendant les vacances par des prêtres estivants ou de passage – il est significatif qu'à part les quelques vieux, de moins en moins nombreux, assujettis à leurs habitudes, les jeunes et plus généralement les « actifs » ne souffrent absolument pas de cette situation au point même de ne plus aller à la messe les quelques dimanches où elle est encore célébrée…
Ainsi, ce qu'on aurait pu croire enraciné par une pratique multi-séculaire dans ce peuple, qui travaille de père en fils la terre de famille, se trouve en voie de disparition comme si rien dans le passé n'en avait existé. La race est saine, courageuse, digne de la liberté des êtres responsables de leur travail. Le grain de l'évangile n'a rien perdu de sa puissance de germination dans le coeur de l'homme, mais nul n'a su le semer à la profondeur humaine voulue. Il faut oser le dire. L'Église a à peine commencé l'évangélisation du monde, elle s'est seulement efforcée de le moraliser. Elle a en partie réussi à le civiliser. Il faut le reconnaître. On s'en aperçoit quand son influence disparaît. Alors l'antique barbarie païenne réapparaît avec d'ailleurs des moyens et des techniques de violence perfectionnées…
Pouvait-il en être autrement dans le passé ?
Les Granges-de-Lesches pendant la seconde guerre mondiale
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Interrogée par un résistant diois, Jean Abonnenc[1], Marguerite Légaut retrace, en 2004, la vie aux Granges-de-Lesches durant la seconde guerre mondiale[2]. Voici les extraits concernant cette période :
« Pendant la guerre et après, nous n’avons jamais été plus de dix-sept et malgré cela, nous avons eu souvent faim.
Nous n’avons jamais eu de problèmes religieux. La menace qui pesait sur tant de personnes physiquement faisait un peu des questions religieuses un luxe. Nous n’avons eu que quatre juifs pendant presque toute la guerre et quelques passages. Il y a eu mes beaux-parents, trois enfants, quatre ou cinq juifs, de jeunes alsaciens, un allemand (neveu de Molke [sic ??? pour le général prussien, c’est Moltke) et beaucoup de passage… [Mon mari] n’a jamais fait de résistance. Un des dirigeants lui avait demandé de ne pas venir parce que mon mari était capitaine et le dirigeant résistant n’était pas aussi gradé. En plus, je ne pense pas que cela l’aurait beaucoup intéressé.
Ce qui me frappe beaucoup, c’est de repenser à ce qu’on croyait alors et qui maintenant paraît une aberration : on disait quand les allemands arriveront, on attellera les bœufs à la charrette et on partira dans la montagne. Je ne sais si cette déformation en concerne que nous ou si c’est général : si un certain nombre de personnes manquait de réalisme comme nous.
En face de la maison, de l’autre côté de la vallée, on avait construit une cabane où les plus menacés pouvaient aller dormir. Il y avait une grande porte à glissière et on disait à ceux qui dormaient dans la cabane « si la porte à glissière est ouverte c’est que vous pouvez descendre, si non, ne descendez pas ». Mais jamais les allemands ne sont venus.
Nous avons eu souvent faim. On mangeait des feuilles de betterave, des topinambours en disant « c’est comme du fond d’artichauts ou encore de la vesce. On avait peu de pommes de terre et comme on interdisait la chasse, ce sont les sangliers qui mangeaient les pommes de terre.
Les paysans faisaient du beurre avec de la crème de lait de chèvre. Cela faisait longtemps que la terre n’était plus travaillée, il n’y avait plus d’engrais et une quinzaine de moutons ne donnent guère de fumier. »
[1] Il n’est pas trop tard pour parler de Résistance.
[2] Le document est aux Archives de la Drôme, coté 327 J 368. Je remercie le directeur des archives et son personnel de la mise à disposition d’une copie.
Il y a du monde sur les marges : comment Marcel Légaut contribuait à diffuser sa réflexion
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Une documentation écrite permet, de juillet 1986 à octobre 1990, de saisir comment la réflexion de Marcel Légaut était diffusée, avec humour, par un « conférencier mondain ». En 1986, Marcel Légaut a son œuvre derrière lui ; il a suffisamment explicité dans nombre de « médit »(ations) que la mort vient mettre une borne à notre existence, et que certains vont vers leur mort, à commencer par le Maître jadis… Et, de fait, le « prédicateur itinérant » moderne épouse la mort en Avignon, le 6 novembre 1990. Les différentes communautés avec lesquelles il a vécu et qui se sont organisées autour de lui aboutissent à la possibilité de séjours communs à Mirmande ou à des conférences ; ses dix-huit ouvrages ont paru, les derniers étant centrés sur l’Église : Croire en l’Église de l’avenir (1985), et un dialogue exigeant d’Un homme de foi (avec) son Église, en 1988.
Arrivent donc à Valcroissant, aux Granges, à Mirmande, des courriers lui demandant des interventions proches. Légaut les a classés par mois, avec un récapitulatif sur une feuille 21/29,7, dactylographiée et corrigée de sa main, qui, pliée, sert de couverture. Agenda, horaires de chemin de fer, questions concrètes d’hébergement (aucune question financière, Légaut donne son temps) permettent de voir comment fonctionne cette galaxie, de février 1986 à octobre 1989[1].
Carte vraisemblablement de Tante Zette, l’épouse d’André Glossinde à Marie-Ange Girard
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Carte (vraisemblablement de Tante Zette, l’épouse d’André Glossinde à Marie-Ange Girard, le 10 décembre 1982)
Les documents attestant des relations humaines entre membres du groupe Légaut sont rares, appartenant à la sphère privée, à laquelle l’historien a rarement accès. Un chemin balisé conduit toutefois à l’un ou l’autre document. Au point de départ, Marguerite Rossignol, l’épouse de Marcel Légaut. Sa formation d’assistante sociale, aux tous débuts de cette profession, amène à jeter un œil sur les écrits de Madeleine Delbrêl, à commencer par Nous autres gens des rues. À Mirmande, où finissent par se loger des bibliothèques de camarades disparus (celle de Bernard Bœuf est entrée l’an passé et il existe une étude de la lecture effectuée par ce dernier sur le site de l’ACML, rubrique Histoire), se trouvait Alcide. Guide simple pour simples chrétiens, fruit de réflexions de Madeleine Delbrêl, édité en 1966 au Seuil, puis réédité, notamment en 1980. Dans cet ouvrage, une carte illustrée d’une naissance de Jésus, tapisserie du milieu du XVIe s., imprimée par les puissantes éditions de l’abbaye bénédictine de Beuron, fondatrice de Maredsous… Et Tante Zette (+ 1994), lumineuse épouse d’André Glossinde (+ 1989), d’envoyer Alcide à Marie-Ange Girard et de lui écrire :
Colloque international du centenaire du groupe Légaut
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Colloque international du centenaire du groupe Légaut
(Valence, Archives départementales, 10-11 septembre 2025).
DANS UN SIECLE OU DEUX, QUAND UN NOUVEAU BREMOND... (1)
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[A propos de Jean Guitton ]
Les années qui suivirent le premier conflit mondial marquèrent pour toute leur vie et de façon spécialement bénéfique les jeunes qui achevaient alors leurs études. Pendant leur adolescence, ils avaient déjà reçu la formation sévère mais tonique des années de guerre, marquées d’un patriotisme et d’un civisme dont il est difficile de se faire aujourd’hui une idée exacte.
D’autre part, les promotions d’après-guerre des grandes écoles réunirent des démobilisés des classes les plus récentes et des jeunes que la conscription n’avait pas encore atteints. Ces derniers, dont faisait partie Jean Guitton, gagnèrent beaucoup à ce contact journalier avec leurs camarades d’études, à peine plus âgés qu’eux, mais déjà mûris par la dure existence qu’ils venaient de mener (2).
L’implosion ? Entretiens sur le présent et l’avenir du catholicisme
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Danielle Hervieu-Léger, Jean-Louis Schlegel
Seuil, 2022, 392 p.
Un livre d’entretien entre deux auteurs au courant des débats actuels et ayant travaillé à partir d’un constat : le catholicisme est devenu minoritaire en France, et la tendance est lourde, accentuée par la publication de la Commission indépendante sur les abus sexuels de l’Église (CIASE), en octobre 2021, qui a révélé 330.000 victimes sur soixante-dix ans. S’y ajoute la divergence entre catholiques à l’égard de la célébration de la messe par temps d’épidémie :
« […] l’épisode a confirmé que l’Institution est en train de perdre le contrôle sur l’image que l’Église entend donner d’elle-même dans la société. Des laïcs, issus d’un courant circonscrit au sein de l’Église, ont pris l’initiative du recours devant le Conseil d’État, en se présentant de leur propre chef comme l’expression de la voix des catholiques. Le coup a été réussi, mais au prix d’une défaite de la majorité des évêques par rapport à une minorité activiste « tradi » (p. 51-52).
Centenaire du groupe Légaut - 1925-2025
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Le centenaire du groupe Légaut en 2025.
En 1925, à la rentrée, Marcel Légaut, à Normale sup. va méditer les évangiles avec des normaliens de Saint Cloud, ouvrant ainsi l’univers du premier degré de l’enseignement à sa réflexion, celle d’un laïc. Le groupe Légaut, sans grande ossature, naît et après des péripéties variées, de Paris à Chadefaud dans le Massif Central, puis Les Granges de Lesches et Mirmande dans la Drôme, perpétue ses rencontres jusqu’à ce jour.
Il y aura plusieurs manifestations en 2025. Certes le conseil d’administration des 14-16 février 2023 a validé trois évènements :
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La mise en numérisation de l’oeuvre complète de Marcel Légaut, avec sa mise à disposition par le site de l’ACML. Paul Roux a piloté l’ensemble avec l’aide de nombre de membres de l’ACML, Serge Couderc, Jean-Jacques Chevalier, Jocelyn Goulet, Chantal Decoorebyter, François-Xavier Légaut, Dominique Roux, Rémy Légaut, Dominique Lerch, ...
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Une date : 10 septembre 2025 est à retenir à Valence aux Archives départementales (à côté de la Préfecture). Vous trouverez ci-joint l’appel à contributions qui concerne la vie des groupes, le rayonnement de Marcel Légaut, son apport, ses racines. N’hésitez pas à proposer des éléments, nous pourrions avoir une partie d’échanges sur la vie des groupes en suite des communications. Mais nous aurons aussi besoin de quelques coups de main pour l’accueil des communicants, l’hôtellerie, les repas, surtout si la journée d’études devient un colloque international où l’Espagne et le Québec sont d’ores et déjà partants et où nous ne désespérons pas d’avoir une contribution belge.