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Edito février 2021

« Rien n’est plus défatigant qu’une joie »

Dernières  nouvelles  du « Monde », 31 décembre 2020

« Rien n’est plus défatigant qu’une joie, rien n’est plus fatigant qu’une angoisse. L’être humain ne fait pas que vivre mais exerce le dur métier d’exister : il doit inventer les chemins de sa vie. L’humanité est une tâche autant qu’un don, et ce devoir d’inventer,  cette tâche, l’expose « ontologiquement » à la fatigue.
Plus exaltante, mais aussi plus difficile, qu’un hier stable, est la vie dans une époque complexe, incertaine,  ondoyante et liquide.  Le post-moderne est sommé de s’adapter, de manière permanente, à un monde impermanent. 
Nous sommes comme des caméléons sur un kaléidoscope que menace le burn out et qui, quand tout s’accélère, sentent un point de côté de l’âme.  Sentiment de ne plus pouvoir suivre alors même qu’on s’y efforce. 
On dort de moins en moins… S’endormir c’est descendre dans une étrange sphère d’oubli, descente indispensable à la reconstitution de la « nappe phréatique de soi ».
Le confinement a changé nos corps. Le bore-out (l’ennui)  n’est pas plus facile à vivre que le burn out. Et surtout rien ne remplace la grâce et l‘appel de l’autre qui ne remplace pas sa présence.  Le pain appelle le copain. 
La joie, n’est-ce pas l’ouverture, la « dilatatio  animae et corporis » (la dilatation du coeur et de l’esprit) ? Oui, rien de plus défatigant qu’une joie.
Interview d’Eric FIAT, philosophe, éthique médicale

Tels étaient les derniers mots imprimés du Monde le 31 décembre 2020 dernier. On y a fait de larges coupes, tout en conservant la teneur du texte. Qu’entendre ? Que dire ? Il me faisait ressentir l’atmosphère des rencontres de Mirmande. Confiné, je passe de longs moments à converser avec Marcel Légaut, le plus souvent, en dialogue avec ses contemporains... Je relis certains topos des Granges 1962 !  Je retiens ainsi :

Permanence des crises. Permanence de la crise.  Savoir, se savoir installé dans une crise durable, ininterrompue : la crise du Modernisme avec sa part de délation et de lutte au plus  haut sommet (née de l’impossibilité de lire les textes bibliques tels quels, face au langage de la science et de l’histoire). Nous sommes encore et peut-être plus que jamais en conflit moderniste. Les courants traditionnels, malgré le pape François, ont repris le contrôle des diocèses et imposent leur style retro, leurs soutanes et leurs génuflexions. Curieux et douloureux renversement de tendance après le temps du Concile Vatican II, chargé de tant d’espoir.

Dans ces contextes, entendre à nouveau les mots fondateurs de Marcel Légaut : approfondissement, aller aux profondeurs. Ne pas se laisser ébranler par les réactions de surface. Descendre au fond de soi.

Viser l’authenticité : valeur du temps, du silence. Non pas sincérités successives qui vous entraînent dans le superficiel, mais creusement d’un sillon puissant qui porte du fruit, silencieusement. 

Singularité : croissance de soi à partir d’une expérience éprouvée,  ne pas se laisser mouler de l’extérieur mais croître par appropriation patiente, faire sien l’évènement, le penser, le réfléchir.

Grandeur de l’homme : « Car c’est à travers cette grandeur humaine que nous découvrirons la grandeur de Dieu. La foi en l’homme, en soi, pas en l’homme en général, la foi en soi-même, c’est l’autre face de ce que nous appelons la foi en Dieu. Les deux choses sont intimement liées. Et nous avons besoin de croire en l’homme, de croire en nous pour pouvoir croire en Dieu. Croire en l’homme, ce n’est pas simplement être humaniste. Ce dont je suis en train de vous parler,  ce n’est pas du tout une croyance d’humaniste, c’est la croyance que l’homme a en lui vis-à-vis de lui-même, c’est la foi qu’il peut avoir en soi. C’est bien autre chose qu’une confiance,  c’est la foi en sa grandeur. Il y a dans ces pauvres types que nous sommes quelque chose de plus grand que nous-mêmes et ce plus grand que nous-mêmes,  qui est   déjà nous-mêmes, c’est la marque de Dieu. C’est par là que nous atteignons la réalité de Dieu en nous, la réalité de Dieu lui-même. » 

Topo des Granges, 1962 p.37)

Cette manière déjà de parler de la foi en soi rendait pour moi la même tonalité de « joie » que ce qu’écrit Eric Fiat à la veille de cette nouvelle année. Sans bien savoir la forme que prendront nos rencontres en cette année 2021. Le programme de la rencontre de Pâques 2021 est particulièrement attirant. Comment ne pas les souhaiter réelles et présentielles ? 

Joseph Thomas

Edito janvier 2021

editojan2021L'année 2020 avait pourtant bien commencé : un conseil d'administration de 3 jours en janvier à Paris, un dépliant annonçant les Rencontres de Pâques et de l'été avec les évènements liés aux 30 ans de la mort de Marcel Légaut, des éditions en cours...

Puis les brumes menaçantes du Covid sont apparues : le virus  imposa  alors ses exigences,  nous obligeant d'abord à annuler la semaine de Pâques et l'Assemblée Générale et ensuite  les Rencontres de l'été.

...Et donc, privés de ces journées* de Mirmande d'où l'on repart avec en soi  « des déplacements intérieurs essentiels »...

...et que dire de cette fin d'année douloureuse avec le départ soudain de Claude Challandes, membre du conseil d'administration de notre association, l'Association Culturelle Marcel Légaut...

On dit souvent qu'on découvre la saveur du pain quand on en manque. Cette disette imposée, cette disparition brutale me conduisent à revisiter la chance de connaître les amis de Légaut : une caravane qui aura bientôt 100 ans, qui étudie le passé pour comprendre l'avenir, qui cherche, travaille, échange, assure l'intendance et qui me semble porter, même  très humblement, un peu de ce que Jésus souhaitait que les hommes découvrent. Infimes, certes, éphémères, certes, mais nécessaires et peut-être plus que jamais en ces temps d'évolutions et de ruptures.

Il y a beaucoup de travail à faire pour, comme dit Thérèse de Scott, « déployer » l'héritage reçu et c'est une chance : ce travail exigeant, soutenu, rigoureux, nous empêchera de rouiller. A chacun de « s'y déployer », de trouver sa place, de proposer, de porter des projets. etc...

Vous savez les sièges vacants au C.A., le besoin  de compétences, une équipe qui a de la peine à se renouveler... des chantiers existants à conforter... des chantiers à ouvrir.

Merci à Françoise : Quelques Nouvelles peut paraître cette fois-ci. Merci encore à elle et aux animateurs : le programme 2021 sera normalement diffusé. La  Magnanerie n'a pas trop souffert de votre absence et vous attend.  

Meilleurs vœux à chacune et à chacun de vous, à votre entourage et prenez soin de vous.

Francis Bonnefous, pour le C.A. de l'A.C.M.L.

*Le trésorier vous parlera prochainement de l'incidence financière de cette année blanche.

Claude Challandes, Membre du C.A. de l'A.C.M.L...

Claude, tu nous as quittés brutalement ce 11 novembre 2020, vaincu par le Covid, à l'âge de 83 ans. Nous sommes désemparés.

Elu au C.A. de l'A.C.M.L. à Pâques 2013, tu trouves rapidement ta place dans l'équipe en créant la structure  de notre site Internet, et en assurant l'animation… Quelques années plus tard, tu prends le relais d’Antoine Girin pour Quelques Nouvelles.

Tu  deviens en peu de temps notre référent pour les questions touchant à la communication numérique, les évolutions du site, le stockage des données, faisant appel, le cas échéant à ton réseau compétent et sûr. Avec Paul Roux, vous  mettez sur pied l'exposition photos qui doit être présentée cet automne à la Médiathèque Diocésaine de Valence.

Par ailleurs,  très attaché à ce qui se joue à la Magnanerie, tu t'impliques avec Catherine, dans l'ouverture et la fermeture de la maison, dans l'organisation matérielle des séjours, dans l'intendance…etc... A la librairie, tes  cartes postales et tes recueils de citations et de photos sont  régulièrement en rupture de stock. Si tu  décores les chambres de tes  photos si caractéristiques, tu songes aussi à chauffer la maison en offrant à  l'A.C.M.L. le poêle à bois  de la grande pièce  et la  nouvelle chaudière, installée cet hiver dont tu ne  profiteras pas. Ton optimisme, ta jeunesse d'esprit nous encourageaient à poursuivre cette aventure communautaire et spirituelle.

Tu  avais trouvé à la Magnanerie un écho de ta propre quête et contribué à ta manière ''au labeur immense'' dont parle Légaut.

Au delà de celui que tu étais pour nous, ton absence nous révèle déjà le poids de ce que tu faisais, l'importance de tes compétences et nous alerte, une fois de plus, sur la fragilité de notre association.

Merci à Françoise de prendre ton relais pour ce numéro de Q.N.

Francis Bonnefous, pour le C.A. de l' A.C.M.L.

Edito décembre 2020

 

PATIENCE ET PASSION

Juste et belle, l’alliance de ces termes choisis pour revisiter à deux voix l’aventure spirituelle, encore inachevée, d’une vie, d’une spiritualité, d’une appartenance à l’Eglise.

« Patience et passion d’un croyant » (1976).  Bernard Feillet séjourna une semaine aux Granges de Lesches, pour s’entretenir avec Marcel Légaut. Il en tira ce livre, plusieurs fois réédité. Plus tard, Légaut se présenta lui-même comme « chrétien du XXe siècle ».

Le titre le plus inspirant fut peut-être celui que Bernard Feillet proposa pour le dernier ouvrage de Légaut : « Un homme de foi et son Eglise ». Hélas ! ce livre était le résidu d’un long entretien avec un pasteur de Genève au sujet du Concile Vatican II et de la problématique du changement. Le projet subit quelques tourments.

La patience fut dans l’existence de Légaut une vertu au long cours, tenace, persévérante à travers les temps et les lieux, et surtout fidèle. La passion, feu secret, insaisissable, joie et douleur. Elles font la grandeur de l’être, de l’âme.

Sans cesse ?

Il arrive que, le moment venu, quelques mots viennent nous surprendre et ne se laissent pas oublier. Tel avait été le titre d’un article paru dans une revue jésuite : « Etudes ». L’auteur était pour moi un inconnu. « La passion de l’Eglise », de quoi s’agissait-il ?

A peine arrivée de Kinshasa en Belgique, un livre de Marcel Légaut vint à moi, offert amicalement, sans insistance : « On en parle beaucoup ici mais tu peux l’échanger à la librairie si tu l’as déjà ». Le titre « Introduction à l’intelligence du passé et de l’avenir du christianisme » me parut un peu compliqué. N’ayant pas le temps d’aller à la librairie, j’ai lu ce livre. Sur la 4e de couverture, un visage, dans un petit cadre noir-gris ; autour une notice.

Dans les années qui ont suivi j’ai lu « L’homme à la recherche de son humanité », « Mutation de l’Eglise et conversion personnelle » ainsi que « Travail de la foi ». Le titre de chacun de ces livres m’apparut comme un chantier où œuvrer sans cesse.

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Edito novembre 2020

Dieu n’est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vivants

Jean-Baptiste Ehrhard (1914-1996) a laissé cette méditation sur une parole de Jésus reprise en Matthieu 22, 32. Il nous permet ainsi d’entrevoir la réflexion spirituelle d’un des membres du groupe Légaut:

« Ceux qui sont morts ont disparu à nos yeux. Pouvons-nous les joindre, pouvons-nous communiquer avec eux ? Écoutez mon interrogation ! Ceux qui sont morts, parfois, ont tenu une si grande place dans notre vie : n’étaient-ils pas la lumière de nos yeux ? La source de notre joie ? L’âme de notre âme ? Et ce serait fini à jamais ?

Mais comment les retrouver, nous qui avions communié à ce qu’il y avait de plus profond, de plus intime, de plus spirituel en eux ? Par quelle voie les atteindre ? Les approcher ? Sinon justement en nous recueillant nous-mêmes en ce qu’il y a de plus intérieur à nous ?

Nos défunts, nos trépassés, se sont endormis dans l’Esprit qui vivifie Jésus, dans l’Esprit de Dieu, dans le souffle de Dieu. Maintenant ils ont échappé aux divisions de l’espace et du temps, ils ont échappé à toutes les nécessités matérielles, à toutes les vicissitudes extérieures. Ainsi les joindre, c’est nous établir nous-mêmes sur le plan de l’intériorité où ils sont parvenus, en nous efforçant de vivre leur vie. Leur vie est abîmée dans l’intimité de Dieu, ce Dieu qui est à la fois leur demeure, leur nourriture, leur vie.

Alors, qui ne voit le chemin qui est le nôtre pour les joindre : nous approcher plus étroitement de ce Dieu, nous intérioriser plus profondément à sa Vie. C’est alors que nous deviendrons intérieurs à la vie de nos trépassés ! C’est alors que la conversation interrompue sur le plan visible, pourra se renouer, plus vivante, dans l’échange de nos êtres, échange silencieux s’il en est. Nous ne pouvons que nous égarer dans un au-delà construit avec les ombres du monde visible, en imaginant avec nos frères défunts, des rapports qui tendraient à les maintenir sur le plan de l’extériorité… plan dont ma vie spirituelle implique, dès ici-bas, l’affranchissement de plus en plus parfait.

Nos trépassés, s’ils sont soustraits aux vicissitudes du monde sensible, sont nés à la vie de l’Esprit, sont en Dieu. Aussi ne pouvons-nous concevoir entre eux et nous de plus beau lieu que la communion toujours plus étroite d’une vie intérieure dont Dieu est Source, Centre et Don. Vivre de manière à rester toujours digne de Dieu, n’est-ce pas le plus sûr chemin d’être toujours avec eux ! Ils sont en Dieu. Nous aussi nous sommes en Dieu (certes pas avec la même plénitude) et Dieu est en nous.

Or n’est-ce pas Dieu ce que nous appelons le ciel des êtres fidèles ! Le ciel est donc en nous, dans la mesure où Dieu y demeure. Ne sommes-nous pas, alors, fondés à penser que nos trépassés nous les portons en nous, et qu’ils sont incomparablement proches de nous ! Aucune consolation ne peut être plus sûre que cette communication active avec nos bien-aimés dans une intériorité sans cesse grandissante en proportion de notre union à Dieu !

Dieu ne nous les a pas repris : il les a accueillis en Lui et ainsi en accueillant Dieu, nous les accueillons. Dieu n’est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vivants.

Proposé par Dominique LERCH

Edito octobre 2020

 

En hommage au P. VALENSIN (1879-1953)

 

Quand je lui ai exposé mes doutes, Francis B. m’a conseillé de choisir pour mon éditorial un thème dont je ressentais le besoin de parler. Ceci se passait à la mi-août. Peu de jours après, je me suis souvenu de ce  que j’avais prévu et que j’avais oublié et qu’un brouillon de Juan Antonio R. pour le Bulletin de la Diáspora de ce mois de septembre me rappela. Il faisait allusion de façon voilée à mon attachement à « L’hypothèse défendue » du P. Valensin, penchant qui a fait que ce texte est connu à l’AML depuis des années[1]. Comme lors de la semaine de Mirmande en 2018, je l’ai présenté et j’ai vu qu’il n’était pas très connu ; j’avais noté d’en reparler en 2019, mais j’ai écrit sur un autre sujet et j’ai oublié mon idée bien que je l’avais notée.

 

 Je commencerai par un souvenir de la Magnanerie et une petite confidence. J’ai découvert « L’hypothèse... » à Mirmande, en 1977, à l’occasion de ma première visite à M. Légaut. Aux moments de la sieste et du calme, avant le topo de l’après-midi, je suis descendu plusieurs fois pour fouiner dans les grandes armoires du vestibule et du petit réfectoire. Quelle merveille ! La maison en silence et les étagères pleine de livres au parfum ancien, délicieux pour un jeune « raton » comme moi. Que sont devenus les nombreux livres de A. Loisy, H. Brémond et d’autres auteurs comme L’histoire du dogme de la Trinité du P. Lebreton, avec le nom de M. Légaut sur la première page, comme d’autres avec le nom de R. Masson par exemple ?

 

 Parmi tous, je choisis Regards I parce que je connaissais déjà le P. Valensin. Je commençai par l’introduction du P. Blanchet : « Un grand seigneur de l’esprit ». Le paragraphe en question m’attendait à la page 25 mais sans son titre[2]. Après la première impression de beauté, de précision et de courage dans le témoignage, je commençais à le ruminer, le traduire et le mémoriser. Ainsi, il est devenu partie prenante de mes archives minimum, avec quelques prières de Légaut et quelques poèmes, qui sont toujours dans ma mémoire… encore maintenant !

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Edito septembre 2020

 

 

BERNARD STIEGLER, UN PHILOSOPHE POUR NOTRE TEMPS ?

 

Bernard Stiegler J’avais depuis longtemps  classé le mot « salut » dans un  tiroir étiqueté « eschatologie » devenu très poussiéreux. Tout ceci m’apparaissait relever de la superstition. Je préférais m’intéresser  à « l’  homme à la recherche de son humanité » : ça avait « de la gueule » ce qu’écrivait Marcel Légaut !  En creusant un peu plus, je comprenais que cet homme en recherche plaçait sa vie sur un chemin d’accomplissement, autrement dit de son « salut » comme le disaient nos grands anciens. Par ailleurs, le hasard de mes rencontres professionnelles m’incitait à une réflexion prospective sur les usages de l’eau. Je ne pouvais alors plus faire l’impasse du changement climatique. Débordant du cadre de mon entreprise, les conclusions de  mes recherches  étaient à l’avance redoutées : les hypothèses actuelles sont telles qu’une fin de l’humanité ne sont pas exclues à l’échelon du siècle. Dès lors je me demandais   si  « un homme en voie d’accomplissement »  devait  être concerné par une humanité à la recherche de son « salut ». Et si oui, qu’elle peut être l’action créatrice de cet homme? C’est dans ce contexte que je rencontre depuis 2015, dans ses séminaires, ses topos, ses écrits et ses engagements le philosophe Bernard Stiegler. 

 

 

                J’aurais préféré  que Bernard Stiegler  contredise les conclusions auxquelles j’étais parvenu.  Avec d’autres, il confirme que nous entrons dans cette phase de l’anthropocène où l’action mortifère  de l’homme s’accélère. Nous savons cela et nous n’agissons pas. Des forces suicidaires collectives sont à l’oeuvre. Les Etats sont désemparés. Que faire contre nous-mêmes?

 

Pour comprendre et agir, ne convient il pas d’interroger les philosophes qui sont les seuls dont le  rôle est d’intégrer toutes les connaissances rationnelles d’hier et d’aujourd’hui quelque soit leur objet?  Bernard Stiegler, cet ancien élève de Derrida,  attire mon attention lorsqu’il dit : « Philosopher, c’est re-créer sans cesse une nouvelle façon de vivre, l’actuelle étant  en cours d’anéantissement». Bernard Stiegler synthétise son analyse:  « l'homme est en train de transformer à grande vitesse la biosphère en technosphère ».  Comme le pharmakon socratique, qui désigne à la fois  le remède et le poison, le numérique et, par extension , la technique ont pris le pouvoir sur  nos vies, alors qu'elles  devraient n' être que des moyens et des aides à notre service. Le développement des objets techniques et  de  modèles de sociétés basés sur le marketing et la disruption s’emballe aujourd’hui et se fait  sans le contrôle de « prescripteurs » capables de cantonner sa  toxicité dans ce qui est soutenable.  De ce fait, l’entropie - cette dégradation de l’énergie interne  qui meut tout « système » animé, organisme  et « exorganisme » - accélère son emprise  mortifère  sur l’humanité.

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Edito mai 2020

        Chers amis, nous venons d'être projetés en avant, comme « jetés » dans des « travaux pratiques » avant même toute pensée plus théorique sur le thème que nous nous étions donné pour  démarrer cette année 2020.  En effet, nous devions inaugurer une année exceptionnelle pour nous, car marquée, faut-il le rappeler, par  les deux « trentenaires » que sont la disparition de Marcel Légaut,  et la naissance de l'ACML, et cette inauguration débutait à notre rencontre pour l'AG d'avril, en particulier à la lumière d'une réflexion et d'un échange sur « la vie intérieure, l'intériorité ». Le confinement mondial imposé à chacun de nous tous, humains, pour lutter contre la pandémie virale  en a décidé autrement.  Mais rien ne nous empêche, et plutôt nous autorise, nous incite, nous pousse à approfondir ce thème silencieusement d'abord en notre for intérieur, toutes affaires cessantes, ou presque (si nos engagements sociaux nous en laissent la disponibilité), et sans dérogation à fournir à  quiconque.

            Mon projet pour cet édito de mai était de vous raconter une histoire (vraie) qui aurait trouvé sa place naturelle juste après la rencontre d'avril. Las ! Même si les circonstances ont changé, je vais le faire, et d'autant plus, car ces circonstances autour de nous, très bousculées, entrent en résonance avec le sujet-même de cette histoire, qui prend de fait un relief et des couleurs plus vives et ajustées.

           Cette histoire donc, vraie, mais aussi personnelle, m'est arrivée ces derniers mois, et elle traite à sa façon de ce thème de l'intériorité, tout en « brodant » si l'on peut dire autour d'un  « anniversaire » aussi... Et cela, grâce à l'entremise de jeunes personnes qui sont encore bien loin d'avoir atteint leurs trente années d'existence...

           mainsenfant1 Voilà, tout a commencé l'été dernier : en cadeau d'anniversaire pour mon entrée dans une nouvelle dizaine, mes trois petites-filles (âgées alors entre 16 et 8 ans) m'ont donné un album à dessins dont elles avaient réalisé elles-mêmes les premières planches, « m' offrant » de continuer à mon tour l'aventure qui se profilait, ou qui se « dessinait » (c'est le cas de le dire) si j 'entrais dans la proposition... Et c'était bien une « aventure », et pour elles et pour moi... dans une histoire sans paroles, donc,  car tout se joue (se « dit »?) avec des dessins. Pour une création commune conjuguant âges et générations.

            Une thématique un peu « légautienne » me semblait en jeu, autour globalement de l' « appropriation de l'événement » bien sûr, mais aussi a minima de l'échec, la jachère, le sens de notre vie, et bien sûr  la créativité, car ces thèmes couraient en filigrane dans ce début d'histoire que je vais vous résumer maintenant pour votre compréhension :

malgré des projets, rêves ou désirs forts d'un personnage central, les choses ne se passent pas comme prévu, comme anticipé... comment réagir et surtout s'approprier l'événement, ainsi que l'inattendu qui se trouve peut-être bien au rendez-vous... ?

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Edito avril 2020

Marcel Légaut est plus que jamais actuel !

Cette année 2020, nous activons en nous la mémoire vivante de Marcel Légaut à travers deux anniversaires. Il y a trente ans qu’il nous quittait et cinquante ans que paraissaient ses deux grands livres, œuvre de sa longue maturation humaine et chrétienne : Introduction à l’intelligence du passé et de l’avenir du christianisme (1970), suivi un an plus tard de L’homme à la recherche de son humanité. Sa démarche spirituelle peut-elle continuer à inspirer nos contemporains ?

Le monde d’aujourd’hui comme il va...

Nous vivons dans un monde instable, incertain et dangereux. Un capitalisme puissant y fait la loi, les échanges économiques sont bouleversés par la mondialisation, le monde entier est aux prises avec une grave crise écologique et migratoire, communications et fake news circulent en abondance désordonnée sur la toile au point de provoquer une crise de confiance dans la parole d’autrui, un scepticisme rampant et insidieux s’installe dans les têtes des citoyens et de responsables politiques de l’Union Européenne, les valeurs sûres portées au pinacle de notre temps sont la consommation et le bien-être individuel, les religions instituées, en perte de vitesse numérique, se replient dans leur cocon, etc..

Dans ce contexte, beaucoup d’individus sont désemparés, se sentent impuissants, sombrent dans la résignation, la révolte ou l’amertume, et se réfugient dans leurs frontières familiales, claniques, sociales, nationales, religieuses. Heureusement, de nombreuses personnes et groupes résistent à la morosité, à l’inconscience, à la passivité. Comment éveiller ou réveiller les autres ?

Légaut, sel et ferment pour les hommes et les femmes du XXIème siècle

L’éminent service que Légaut peut leur rendre, en ce début du XXIème siècle, c'est de les appeler à prendre en main et au sérieux leur vie personnelle et sociale sans tricher, sans s’évader, sans pratiquer la politique de l’autruche, de leur proposer une démarche pour s’approprier d’une manière créative les événements et les situations de leur existence pour en faire des tremplins de maturation, d'approfondissement et d'accomplissement en tous domaines. Sur ce chemin d'humanisation, certains appels de Légaut peuvent aider à conjurer certains traits de mentalités négatives et à développer un esprit de liberté intérieure, de solidarité et de fraternité.

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Edito janvier 2020

 

                 A l’occasion  des obsèques de M.Légaut, le  9 nov. 1990, Guy Lecomte écrivait :  «   Marcel  Legaut a été pour beaucoup un exceptionnel compagnon de route. A ceux qui l’ont rencontré, il reste à puiser dans son souvenir et dans la permanence de son témoignage, la force de se passer désormais de sa présence ».    Et nous voilà 30 ans après, cheminant avec le trésor reçu, sans carte ni guide, tâtonnant face à des défis et des changements d’univers mental inimaginables il y a peu, évitant autant que possible la copie conforme, avec pour boussole ce que cet  ‘’exceptionnel compagnon de route ’’a éveillé en nous. 

              ‘’Garder, promouvoir et diffuser l’œuvre de M.L.… favoriser la rencontre de personnes ayant le désir de grandir dans leur humanité,  susciter des lieux de recherche,  contribuer à une renaissance spirituelle et à un christianisme renouvelé '' notait  la Présentation de l’A.C.M.L.en  avril 2009.

               Ainsi, dès Janvier 1994, Thérèse De Scott fondait à Marsanne avec Soeur Pascal-Marie et Soeur Sabina, le Centre Spirituel des Collines de Fresneau. En ce lieu  ouvert toute l'année pendant 16 ans, des rencontres d'initiation, des week-ends, des ateliers ont diffusé la pensée de Légaut, tout en explorant une part de la théologie actuelle avec de grands penseurs contemporains : C. Théobald, J. Moingt, XL. Dufour, B. Feillet, etc.

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Edito Juillet-Août 2019

Marcel Légaut : une voie spirituelle, trésor d’humanité ?

C’était le thème que nous avions choisi pour la rencontre de Pâques 2019.

Pourquoi, finalement, la voie spirituelle de celui qui a vécu, « ruminé » et écrit L’homme à la recherche de son humanité est-elle trésor d’humanité ? En quoi est-elle trésor pour moi ? Pour toi ou pour vous ? Pour nous ? Pour ma part, cette voie creuse profond ; elle parle à ma vie intérieure ; elle nourrit cette vie intérieure et ma vie au quotidien ; elle m’aide à prendre ma vie au sérieux et à être présent à moi-même. Il sort depuis quelques années beaucoup de livres ou de méthodes pour être mieux dans sa peau, être heureux, grandir dans sa vie… mais je n’ai trouvé que peu d’éveilleurs spirituels qui aident à « devenir soi » en profondeur. Je chemine actuellement et depuis longtemps avec Marcel Légaut et avec Maurice Bellet, même s’ils ne sont pas toujours faciles d’accès surtout quand nous n’avons pas quelques clés de lecture.[1]

Ce thème Marcel Légaut : une voie spirituelle, trésor d’humanité a aussi permis à sept d’entre nous – Francis, Bernard, Domingo, Joseph, Françoise, Jacques et moi-même - de livrer leurs Textes-Trésors parmi les écrits de Marcel Légaut[2]. Depuis cette rencontre, j’ai reçu d’autres Textes-Trésors… qui me rappellent un projet qui me tient à cœur depuis quelques années : réaliser un ouvrage qui pourrait entrer dans la collection « Une année avec… » : Une année avec le pape François, Une année avec Thérèse d’Avila, Une année avec François d’Assise et pourquoi pas, Une année avec Marcel Légaut ? Pour cela, il suffirait de recueillir 366 Textes-Trésors, des textes courts - de pas plus d’une page -, des textes lisibles issus des ouvrages publiés par Marcel Légaut. Mais, me direz-vous, pourquoi un tel projet ? Je crois que c’est un bon moyen – comme le sont des ouvrages comme Une pensée par jour que j’utilise presque tous les jours et que j’ai offert si souvent ou Prier 15 jours avec Marcel Légaut - pour justement accéder en douceur à ce trésor d’humanité qu’est la voie spirituelle de Marcel Légaut. Le livret de 24 Textes-Trésors a permis à plusieurs participants ou participantes de la rencontre de Pâques 2019 d’accéder, avec une lecture-partagée de certains de ces textes courts, à la pensée de Marcel Légaut et d’avoir envie d’aller plus loin. Alors, je me permets de faire appel à toi, à vous, lectrices et lecteurs de Marcel Légaut : envoyez-moi, si vous en avez, vos Textes-Trésors[3].

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