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Edito novembre 2020

Dieu n’est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vivants

Jean-Baptiste Ehrhard (1914-1996) a laissé cette méditation sur une parole de Jésus reprise en Matthieu 22, 32. Il nous permet ainsi d’entrevoir la réflexion spirituelle d’un des membres du groupe Légaut:

« Ceux qui sont morts ont disparu à nos yeux. Pouvons-nous les joindre, pouvons-nous communiquer avec eux ? Écoutez mon interrogation ! Ceux qui sont morts, parfois, ont tenu une si grande place dans notre vie : n’étaient-ils pas la lumière de nos yeux ? La source de notre joie ? L’âme de notre âme ? Et ce serait fini à jamais ?

Mais comment les retrouver, nous qui avions communié à ce qu’il y avait de plus profond, de plus intime, de plus spirituel en eux ? Par quelle voie les atteindre ? Les approcher ? Sinon justement en nous recueillant nous-mêmes en ce qu’il y a de plus intérieur à nous ?

Nos défunts, nos trépassés, se sont endormis dans l’Esprit qui vivifie Jésus, dans l’Esprit de Dieu, dans le souffle de Dieu. Maintenant ils ont échappé aux divisions de l’espace et du temps, ils ont échappé à toutes les nécessités matérielles, à toutes les vicissitudes extérieures. Ainsi les joindre, c’est nous établir nous-mêmes sur le plan de l’intériorité où ils sont parvenus, en nous efforçant de vivre leur vie. Leur vie est abîmée dans l’intimité de Dieu, ce Dieu qui est à la fois leur demeure, leur nourriture, leur vie.

Alors, qui ne voit le chemin qui est le nôtre pour les joindre : nous approcher plus étroitement de ce Dieu, nous intérioriser plus profondément à sa Vie. C’est alors que nous deviendrons intérieurs à la vie de nos trépassés ! C’est alors que la conversation interrompue sur le plan visible, pourra se renouer, plus vivante, dans l’échange de nos êtres, échange silencieux s’il en est. Nous ne pouvons que nous égarer dans un au-delà construit avec les ombres du monde visible, en imaginant avec nos frères défunts, des rapports qui tendraient à les maintenir sur le plan de l’extériorité… plan dont ma vie spirituelle implique, dès ici-bas, l’affranchissement de plus en plus parfait.

Nos trépassés, s’ils sont soustraits aux vicissitudes du monde sensible, sont nés à la vie de l’Esprit, sont en Dieu. Aussi ne pouvons-nous concevoir entre eux et nous de plus beau lieu que la communion toujours plus étroite d’une vie intérieure dont Dieu est Source, Centre et Don. Vivre de manière à rester toujours digne de Dieu, n’est-ce pas le plus sûr chemin d’être toujours avec eux ! Ils sont en Dieu. Nous aussi nous sommes en Dieu (certes pas avec la même plénitude) et Dieu est en nous.

Or n’est-ce pas Dieu ce que nous appelons le ciel des êtres fidèles ! Le ciel est donc en nous, dans la mesure où Dieu y demeure. Ne sommes-nous pas, alors, fondés à penser que nos trépassés nous les portons en nous, et qu’ils sont incomparablement proches de nous ! Aucune consolation ne peut être plus sûre que cette communication active avec nos bien-aimés dans une intériorité sans cesse grandissante en proportion de notre union à Dieu !

Dieu ne nous les a pas repris : il les a accueillis en Lui et ainsi en accueillant Dieu, nous les accueillons. Dieu n’est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vivants.

Proposé par Dominique LERCH