Quelques nouvelles avril 2026
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LE CHEMINEMENT DE JÉSUS (1)
Dans la mesure où j’aurai fait quelque approche du mystère que je suis moi-même, il me sera possible de faire une approche du mystère de Jésus.
Même si je découvre en Jésus des réalités qui ne correspondent pas tout à fait à ce que la doctrine m’apporte, même si, grâce à mon approfondissement spirituel, je ne peux plus me contenter de cette doctrine sur Jésus qui s’est élaborée très vite.
Cependant, grâce à cette doctrine et contre elle – en la critiquant – il faut que j’approfondisse davantage le mystère de ce qu’il a été de façon à m’approcher aussi du mystère que je suis et de la voie que j’ai moi-même à suivre.
L’homme idéal serait celui qui se pose la question : « Qui suis-je ? » et la question : « Qui est Jésus ? » sans avoir été formé par le catéchisme, parce que là où il y a des réponses, il n’y a pas de questions. Le malheur de notre temps, c’est que nous donnons aux jeunes chrétiens – et aux moins jeunes – des réponses à des questions qu’ils ne se sont pas encore posées, n’étant pas encore assez mûris humainement.
Donc, 1er point : nous avons à devenir peu à peu insatisfaits des réponses qu’on nous donne pour nous poser vraiment les questions grâce à cette insatis-faction. Ensuite, à l’occasion de la tradition, des Écritures, des rencontres qu’il nous arrive de faire, nous pouvons essayer d’apporter quelques réponses aux questions que nous nous posons. Sans oublier que la grandeur de l’homme est précisément de se poser des questions insolubles, car, sitôt qu’une question est totalement résolue, l’homme est enfermé dans la réponse.
2e point : Un des aspects de notre humanité est d’être suffisamment ouvert sur ce qui n’est pas nous pour que, le recevant d’une manière ou d’une autre, nous nous appropriions ce qui n’est pas nous pour devenir nous, grâce à une action qui est de nous, qui ne peut pas être sans nous mais qui n’est pas de nous comme les autres et – encore un petit pas ! – qui n’est pas que de nous.
3e point : Ce qui m’intéresse, quand je réfléchis à mon passé, ce n’est pas de me remémorer tous les événements que j’ai vécus. Je pense que ma mémoire est infiniment plus riche que celle des souvenirs que je peux atteindre. Il y a une pagaille formidable dans la bibliothèque. Il y a en nous, sans que nous le sachions, sans que nous puissions nous en servir, des tas de souvenirs qui apparaissent de manière tout à fait anarchique, soit à l’occasion de nos rêves, soit à l’occasion d’une rencontre qui nous y a fait penser.
Il y a en nous une association d’idées en cavalcade qui nous apporte un fait dont nous aurions été tout à fait incapables de nous souvenir. Par exemple, il nous est impossible de nous souvenir du nom d’une personne et, à l’occasion d’un incident quelconque, il réapparaît.
Ce que je veux dire, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une vision dans le détail de tout ce qu’on a vécu pour s’approcher de son propre mystère, mais il faut avoir une vue globale totalisante, supervisante, qui fait que certains événements qui ont été particulièrement importants dans le déroulement de notre histoire reprennent vie. Ils montrent, qu’à travers l’extrême complexité, l’ambiguïté, de ce que j’ai eu à vivre, une réalité secrète relativement plus simple s’efforce d’émerger à travers les tours et les détours. Cette réalité secrète m’a petit à petit constitué dans une certaine autonomie, une certaine singularité, dans une certaine solitude aussi, sans que le sache. C’est ce que j’appelle l’existence par rapport à la vie. (à suivre)
Marcel LÉGAUT - Annecy 1988
Ed. Xavier Huot Articles et Conférences
Cahier 8 Tome III - pp. 552-553
Edito avril 2026
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La lucidité, une vertu cardinale en notre temps
Nous vivons une période particulièrement critique en France, en Europe et dans le monde.
1. Circule une masse d’informations dans les médias et sur les réseaux sociaux qui répandent à satiété mensonges, calomnies et insultes. Aucun secteur de la vie sociale n’est à l’abri : ni le droit, ni la justice, ni les institutions ni ses adversaires. Qui n’est pas vigilant se laisse inconsciemment chloroformer, aveugler et asservir par ces pensées nocives qui l’endorment et le dépouillent de ses responsabilités de citoyen, de consommateur, de croyant.
2. De plus dans notre vaste monde, face à la complexité des situations d’ordre social, géopolitique, environnemental, et même religieux qui, à tous les niveaux, s’imbriquent les unes dans les autres, dans une interdépendance instable, qui ne fait pas l’effort de s’informer risque de prendre la posture de la résignation ou de la fuite et de chercher uniquement à sauver sa peau.
3. Enfin, devant la tendance des pays les plus puissants à chercher à acquérir par la force et sans égard pour le droit international une zone d’influence d’États vassaux sur laquelle ils règnent, nous européens, nous pouvons nous sentir fragilisés. Nous avons à organiser une résistance commune face à ces puissants qui veulent nous détruire et nous dominer. C’est vital aujourd’hui et demain.
Ces trois observations qui devraient être évidentes ne le sont pas pour beaucoup, par inconscience, paresse, désintérêt. Marcel Légaut nous appelle à la lucidité, comme il s’y est exercé toute sa vie dans son domaine par fidélité à sa « mission », et il n’a cessé d’y presser les membres de son groupe.
Nous ne trouvons pas dans ses livres ni dans son témoignage des réponses toutes faites sur ce que nous devons penser aujourd’hui. Son contexte et le nôtre sont différents mais nous y percevons, si nous sommes attentifs, la trace de l’exigence intérieure qui le motivait à réagir contre ce qui n’était pas vrai à ses yeux et à l’exprimer ouvertement.
Être disciple de Légaut, c’est aujourd’hui comme hier refuser de subir et de fuir, c’est faire face à la réalité dans laquelle nous vivons, s’essayer à “penser juste et vivre vrai”. Je vous invite à relire et méditer en ce sens deux passages de « Devenir soi » (pages 27 à 29) et de « Intériorité et engagement » (pages 33-34). Je vous suggère aussi de vous replonger dans le livre d’Orwell : ”La ferme des animaux” de 1947, critique humoristique mais sans appel des pouvoirs totalitaires et de leurs mensonges auxquels on peut se laisser prendre si on ne fait pas preuve de lucidité. Le film “Orwell : 2+2=5” vient de sortir le 25 février dernier : excellente séance de vaccination !
Jacques Musset
