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Quelques nouvelles d'Avril 2020

                L’ÉCHEC

Topo du 1er août 1961 : Extrait n°2

N’est il pas contre-intuitif de renverser l’ordre des valeurs  dans une société du XXIème siècle qui magnifie  la réussite et fustige l’échec? Nous découvrons ici  un Légaut qui s’exprime avec spontanéité et proximité. Pour approfondir ce qu’il nous invite à découvrir, il est possible de relire  « l’échec à la dimension de l'existence », un chapitre de « Travail de la foi » qui a été publié un an après.  On retrouve alors l’écriture rigoureuse de Légaut et sa pensée qui, bien que  portant  des traces de sa  formation religieuse d’origine et de son époque,  interroge. Sa réflexion  peut-elle nous éclairer  à un moment où une pandémie, qui est un échec planétaire, et bien d’autres considérations  questionnent radicalement certains d’entre-nous?

Je  prends des exemples assez faciles.

            Certains mariages qui n’ont pas pu se faire pour une raison ou pour une autre : la fiancée est morte…prenons le cas le plus simple ! Cela  peut laisser une blessure intérieure que le temps peut apaiser, mais ne peut pas faire disparaître. Quand l’homme ou la femme - quand il pense au moment où sa vie s’est d’une certaine manière brisée, on porte encore non seulement les conséquences ultérieures mais encore la souffrance présente. Il y a donc des échecs plus secrets, beaucoup plus invisibles, qui ne se découvrent qu’à la longue, des échecs qui demandent qu’on ait déjà beaucoup vécu pour les apercevoir. Ce sont ceux qui sont la manifestation, la conséquence de « malformations initiales ». Par exemple, un mauvais caractère ! Au début on ne s’en aperçoit pas. Et puis petit à petit, on s’aperçoit qu’on n’est pas capable de vivre en société, de s’entendre longtemps avec quelqu’un … Et il y a bien d’autres manières de « malformations intérieures » qui ne se manifestent pas au départ et qui, à la longue, deviennent progressivement catastrophiques. Ce sont des échecs qu’on découvre après.

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Quelques nouvelles Juillet-Août 2019

               

Précarité de ces trois sortes de foi.

Croire en soi serait ainsi l'alpha et l'oméga de l'homme, s'il pouvait y atteindre par ses propres moyens. Cependant cette foi, comme les deux autres, reste en chemin, imparfaitement elle-même, confusément mêlée d'évidences et de certitudes qui lui sont étrangères. Comme les deux autres elle est cernée d'apparences et de données qui s'opposent entre elles, qui l'aident ou la combattent et tendent à la dégrader en confiance ou à la faire disparaître. Aussi toutes trois sont-elles sans cesse à ressaisir. Plus l'homme est adulte, mieux il sait mesurer la distance humainement infranchissable qui le sépare d'elles.

ML 22NBMarchantToutes trois sont nourries de recherches et les suscitent sans cesse. Fidèles à la lucidité, sans connaître complètement leurs limites, elles n'ignorent pas leur ambiguïté, leur impureté, leur fragilité, inhérentes à la condition humaine. Elles se refusent cependant à renoncer parce qu'elles sont essentiellement attente  ; sinon elles dégénéreraient nécessairement en certitudes doctrinales ou affirmations volontaristes qui relèvent du domaine des connaissances que l'homme possède et des résolutions qu'il prend ; connaissances et résolutions qui le limitent à ce qu'il est capable de penser et de vouloir comme quiconque. Ces dégénérescences impliqueraient de sa part, malgré les apparences, une démission foncière.

Toutes trois cherchent et attendent dans la nuit l'aide fondamentale sans laquelle elles resteraient précaires et proches de l'impossible. Sans cette aide qui, par la nature de ce qu'elle a à promouvoir, est nécessairement intérieure et discrète à l'extrême  jusqu'à pouvoir être reçue sans être reconnue, elles seraient restées pratiquement ignorées.

L’HOMME À LA RECHERCHE DE SON HUMANITÉ.

ChIV : L’INTELLIGENCE DE SA MORT -  Aubier, p 87