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Quelques nouvelles février 2021

LA RENCONTRE DE L'AUTRE EN PROFONDEUR - LES DEUX PREMIERS NIVEAUX

1. Le respect de l'autre

Habituellement, dans notre société, on respecte l'autre dans ses comportements. Mais si on admet que l'autre est autre chose que ses comportements, qu'il est mystère, qu'il est différent de nous, qu'il a un chemin à faire différent du nôtre, qu'il assure son chemin avec des cadences différentes des nôtres, nous allons vers un au-delà des comportements. Le respect devient de plus en plus exigeant au-delà de la bonne petite morale familiale ou sociale qui consiste à ne pas lui marcher sur les pieds autant que la chose est possible.

Une des difficultés majeures que l'on a lorsqu'on est père ou mère est de respecter la cadence et le cheminement de ses enfants. En particulier dans les périodes où l'histoire va vite, où les conditions de vie sont très différentes, les générations se séparent non seulement parce qu'elles ont besoin de se séparer pour devenir elles-mêmes mais parce qu'elles sont entraînées par le milieu sociologique qui change très vite. En ce moment, les enfants ont à faire des chemins et à suivre des cadences tout à fait différents de ceux de leurs parents. C'est difficile pour un père ou une mère d'accepter que son fils doive, précisément pour atteindre ce qu'il doit être, prendre un chemin différent de celui qu'ils ont pris eux-mêmes. Les parents ont toujours l'idée que leur formation était très bonne. Donc respecter le cheminement et les cadences de l'autre, ça va bien au-delà du respect des comportements.

Là où il y a la moindre trace de sectarisme ou de propagandisme, la vie spirituelle est gravement menacée. C'est pourquoi la paternité et la maternité nous introduisent dans la vie spirituelle si nous n'y sommes pas encore parce que, par l'amour que nous portons à nos enfants, nous sommes conduits à faire vis-à-vis d'eux des actes de foi que nous ne ferions pas nécessairement vis-à-vis d'un autre car cela nous tiendrait moins aux entrailles. Respecter ainsi ses enfants dans leurs cadences, nous sommes en plein au niveau de la foi, au niveau du mystère. Ce respect n'est déjà pas facile à observer. En principe, il doit être accepté quel que soit celui qu’on rencontre.

2. L'intérêt pour l'autre

Beaucoup plus exigeant que le précédent et qui introduit dans la vie spirituelle, dans la mesure où on l'observe, par suite des exigences qu'il impose, on doit porter intérêt à l'autre, l'aider à vivre. Cela amène à faire passer l’intérêt de l'autre avant son propre intérêt et demande des sacrifices importants correspondant à la vie spirituelle qu'on peut avoir. Cela suppose aussi une certaine imagination pour découvrir la manière dont on peut aider l'autre. Cette aide implique déjà qu'on le respecte. Il y a un paternalisme qui se présente comme un intérêt pour l'autre mais qui ne le respecte pas. Le paternalisme consiste à vouloir aider l'autre de la manière dont on juge soi-même qu'il doit être aidé. On n'est plus au niveau du respect. Quand il y a différents niveaux dans un comportement, les niveaux supérieurs impliquent toujours l'existence des niveaux inférieurs et, inversement, le niveau inférieur peut exister sans le niveau supérieur.

Marcel LEGAUT,Retraite à St-Hugues de Biviers, nov. 1980 (suite 1)

Quelques nouvelles janvier 2021

LA RENCONTRE DE L'AUTRE EN PROFONDEUR

Le bon Samaritain, lorsqu'il rencontre un blessé et oublie que c'est un homme impur ou n'en tient pas compte, s'est approché de lui et lui a porté secours. Il l'a aidé à se dégager des difficultés où il se trouvait et il est parti. Une rencontre en profondeur va beaucoup plus loin.

Prenons un exemple. Un jour, grâce à son expérience personnelle qui lui a permis de prendre conscience de la réalité humaine des hommes et aussi des femmes, pour autant qu'il peut entrer dans le mystère d'une femme, un homme découvre que sa mère a eu une vie de femme. Elle a eu des joies et des souffrances de femme. Alors, telle phrase qu'elle a dite, tel silence, tel sourire, toutes ces choses dont nous ne nous souvenions absolument pas, qui ont été emmagasinées sans que nous en prenions conscience,  nous reviennent maintenant parce que précisément nous découvrons que notre mère est une femme. Ces souvenirs ensevelis dans nos archives vont réapparaître à la conscience claire à la suite de cette découverte. Alors on peut remarquer l'extraordinaire disproportion entre ce que je peux reconnaître d'elle, au-delà de ce que je connais.

C'est important, cette différence d'ordre entre la connaissance que je peux avoir de quelqu'un et la  reconnaissance. Cette reconnaissance est d'autant plus distincte de la connaissance, tout en en étant dépendante, que ma vie d'homme, ma vie spirituelle se développe. Plus je suis intelligent sur la condition humaine à partir de la prise de conscience de ce que je dois être, plus je suis intelligent de ce que l'autre est. 

Cette reconnaissance, c'est l'intelligence de ce que ma mère a pu vivre, ses joies, ses souffrances aussi. Elle est fonction du peu de choses que je sais d'elle, et, d'autre part, de l'activité qui m'est propre.

La reconnaissance en profondeur de l'autre se fait conjointement avec la découverte de ce qu'on est soi-même. et la relation que j'ai avec l'autre est autant pour le reconnaître à partir de ce que je sais de lui que pour me reconnaître à partir des souvenirs que je peux avoir de moi-même. Quand deux êtres se reconnaissent à ce niveau, ils s'enfantent mutuellement et, il faut bien le dire, l'homme a besoin d'être enfanté continuellement, en particulier par la femme, sa mère d'abord, et par les rencontres féminines qu'il fera le long de sa vie, dans la mesure où ces rencontres seront dans la ligne spirituelle à la fois de ce qu'il est et de ce que les autres sont.

J'imagine que la femme aussi a continuellement besoin d'être fécondée par la rencontre d'autres hommes qui par certains côtés lui apportent ce dont elle a besoin pour se développer spirituellement. La vie spirituelle est sexuée, il ne faut pas oublier ça. Je peux avoir une telle  rencontre avec un autre homme mais, que ce soit de l’hétéro - ou de l'homosexualité, dans les deux cas, il y a cet attrait qui permet d'avoir avec l'autre une communion en profondeur où chacun de nous se révèle à  l'autre tout en se révélant à lui-même. C'est capital au point de vue spirituel. 

Marcel LEGAUT, Retraite à St-Hugues de Biviers, novembre 1980

Quelques nouvelles décembre 2020

L’ECHEC

Topo de Marcel Légaut du 1er août 1961 :  extrait n°9 (Il s’agit du dernier de la série). 

ATTEINDRE LA SÉRÉNITÉ

Une question se pose pour terminer : comment atteindre cette sérénité dans le dénuement qui est indispensable pour que ce dénuement soit perçu de façon suffisamment  continu  et  ainsi  soit  présent dans sa vie ?

Je crois que ça correspond à une troisième étape  du  développement  de  l'homme.  Nous  avons  parlé de deux étapes, indépendamment de la vocation singulière qui se trouve être un peu à côté : la découverte de l'amour et celle de la paternité. La troisième étape et la dernière, c'est la découverte de la mort. Du moment où la mort commence à devenir réelle, non pas la mort de l’autre ni la mort en général sur un plan philosophique mais sa propre mort, non pas la mort de soi que l'on considère comme l'autre (par exemple qui d'entre nous n’a pas rêvé un jour d'assister à son enterrement). La mort, sa mort à soi, c'est au moment où ça commence à devenir réel, alors les dispositions intérieures de l'homme sont telles qu’il peut porter dans une certaine sérénité la vision de ses échecs. Tant qu'il n’a pas découvert qu’il est mortel, qu'il va mourir, l’homme n'est pas encore suffisamment adulte pour correspondre à la lumière  qu'il doit pouvoir porter sur les échecs de base de son existence.

Le troisième développement : l'homme conscient de sa propre mort. C'est au moment où il  commence à être conscient de sa propre mort véritable, possible, prochaine ou éloignée mais  certaine, qu'il est capable de pouvoir entrer ordinairement dans la vision de son échec sans en être écrasé, dénaturé, démoralisé... 

C’est pourquoi il n'y a pas  d'être  plus  capable  d'une  communion spirituelle par le dedans que celui qui est proche de sa mort et qui parle à ceux qui l'entourent. Je connais des personnes qui étaient pratiquement  sans  communication  spirituelle  réelle avec aucun autre et qui, au moment de leur mort, en disant par exemple : "Réconciliez- vous", ont mis dans cette simple parole une autorité qu'ils n’auraient jamais eue s'ils étaient bien portants. C'est au maximum du dénuement que l'homme possède le maximum de puissance spirituelle. C'est plus il est pauvre qu'il est riche de dons et qu'il est capable de donner. Celui qui s’approche de la mort est dans le dénuement parfait qui lui permet de dire des choses qu'il n’aurait jamais osé dire, qu'il n'aurait pas été capable de dire en pleine vie.

Extrait de l’échange du  topo du 1er août 1961 où Xavier Huot ne mentionne que les réponses de Marcel Légaut (pour l’intégralité du texte,  se reporter à « Topo des Granges de Lesches », étés 1958 à 1961).

Il faut dépasser le stade d'avoir des réponses à toutes les questions. L'adulte vit plus de questions que de réponses. L'enfant se nourrit surtout de réponses mais l’adulte doit savoir se nourrir de questions.

La nécessité de prendre conscience de l'échec permet éventuellement, si on n'en est pas totalement écrasé, de le rendre "providentiel". La prise de conscience est un premier acte de dignité humaine. Celui qui se refuse à en prendre conscience tourne le dos à sa grandeur.

 

Quelques nouvelles novembre 2020

L’ECHEC

ON PEUT REFUSER DE VOIR SES ÉCHECS.

Vous le voyez, nous ne sommes plus sur le plan de la morale. Ces échecs-là sont essentiels. Tant pis pour ceux qui ne les découvrent pas dans leur vie car en définitive ils y sont. S'ils ne les voient pas, c'est parce qu'ils sont myopes, c’est parce qu'ils ne  sont  pas  encore  suffisamment adultes et conscients pour les voir. La grande tentation, le grand danger, ce n'est pas de ne pas connaître ces échecs, c'est de faire tout ce qu'il faut pour ne pas les voir. Nous avons plusieurs manières de ne pas les voir. Je ne parle pas des enfants qui ne sont pas suffisamment développés pour les découvrir, c'est l'infantilisme de base. Beaucoup les  ignorent  parce  qu'ils  ne  sont  pas assez vivants pour pouvoir les trouver.

a) La grande tentation des autres est de trouver dans le sociologique, la morale, le raisonnable, le convenable, le normal... l'aide qui permet de porter plus légèrement l'échec en le minimisant, en l'estompant et en le faisant ainsi peu à peu disparaître.

La société engendre l'homme. Elle est la mère de l'homme, mais c'est aussi son tombeau dans la mesure où l'homme n'arrive pas à se dégager d'elle, à la dépasser.  L’homme  a  constamment  besoin de la société et, pour être vraiment homme, il lui faut pour ainsi dire la transcender. La   société par ses coutumes ne fait que légaliser les choses et tout au plus moraliser les instincts profonds de l'homme. Elle le protège de cette manière des premiers précipices, des premières difficultés. La morale est indispensable mais ultérieurement la  société est l'entremetteuse de tous les fléchissements de l'homme devant les exigences et les appels à la grandeur de la condition humaine. C'est ainsi par exemple que la stabilité du mariage peut faire croire à la pérennité de  l'amour quand il est en fait renoncé et blasphémé. Je ne parle pas des cas de mauvaises mœurs, c'est-à-dire d’hommes ou de femmes qui trompent leur mari ou leur épouse. Je parle simplement   d'un amour qui pratiquement n'est plus un amour. Le fait de croire que rester ensemble satisfait pleinement ce qu'est l'amour est une faute, une manière de colmater l'échec, de ne pas le voir et par conséquent de ne pas savoir en tirer le profit spirituel qui s'y trouve.

Si ce que je dis de l'amour est vrai, c’est encore plus vrai de la paternité. Il y a des paternités qui s'imaginent que, dans la mesure où les enfants sont propres, bien habillés, qu'on leur fait faire des études dans l'école  libre...  on  arrive à  satisfaire  pleinement tous les "devoirs", toute la plénitude  de ce que le père doit être pour l’enfant et qui précisément colmatent et cachent  l'échec  fondamental. C'est le drame de beaucoup de familles aisées où le père est trop pris par son travail (ou la politique...), la mère par ses relations, pour s'occuper de leurs enfants. L'enfant est bien pouponné mais, en définitive, la paternité n'existe pas.

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Quelques nouvelles octobre 2020

 

L’ECHEC

LES ÉCHECS DANS L’ORDRE DE LA MISSION .

Mais il y a une autre source d'échecs fondamentaux qui n'est pas de l'ordre de l'amour ni de la paternité. Ce sont des échecs plus particuliers, en rapport avec la mission de chacun.

a)   La grandeur des échecs est proportionnée à la profondeur des grandeurs de la mission. Plus la vie spirituelle est réelle, plus les chrétiens peuvent connaître une vocation singulière (n'entendez pas par là une vocation singulière comme devenir ecclésiastique, religieux, il y a d’autres vocations singulières).

La fidélité à la réponse exige en général des facilités  au  départ qui se montrent  extérieurement assez ruineuses. Quand un jeune entre au séminaire, il a des facilités qui lui permettent plus facilement de faire le pas mais ce sont des facilités dont il  paiera  chèrement  le  prix  ultérieurement. Entrer au séminaire peut paraître une voie glorieuse, une vocation qui élève au- dessus des autres. Quand M. Portai parlait du recrutement des jeunes filles pour son œuvre, il me disait : "Je rencontre souvent des jeunes filles qui veulent se donner à Dieu mais quand je leur dis qu'il n’y a pas de vœux à prononcer, elles répondent : moi, il m'en faut plus". Quand on commence à laisser les chemins d'humilité en disant : "Va plus haut", cela facilite les choses certainement, mais ça les complique après terriblement.

Il y a aussi une certaine aisance dans le don de soi  qui  tire  sa  légèreté  d'une  certaine  inconscience, une inconscience qui va peut-être même au-delà de l'inconscience normale de celui   qui ne connaît pas encore l’existence. Le succès des petits séminaires vient en partie du besoin de protéger les enfants du contact de la vie, suffisamment pour que l'accès au grand séminaire, avec tout ce que ça implique de vœux  et de  renoncement affectif  pour être  prêtre,  ne soit pas trop  lourd. Quand un enfant n'a jamais connu les réalités de la vie, le célibat lui paraît quasi normal. Ultérieurement, les choses changeront d'aspect. La  facilité  du  départ  sera  lourdement  payée  après, à tel point qu'il est possible que le jour où le prix sera  à  payer,  on  n'ait  plus  que  des chèques sans provision. 11 y a des faillites qui sont la conséquence des facilités avec lesquelles on a pu être généreux au départ. Je parle du célibat parce que  c'est  un  exemple  facile  mais  je  pourrais vous en citer d'autres. Un autre exemple : quelqu'un qui se marie. Une jeune fille ne se  marie pas toujours par sagesse ; à partir d'un certain âge, elle se marie parce qu'elle a peur de la solitude qui va arriver. Par certains côtés, le mariage va régler son problème actuel, elle ne sera plus seule ; mais après elle ne sera plus jamais seule et cela arrive précisément à devenir plus difficile. Il y a donc  des décisions  de  ce  genre  qui sont facilitées par des considérations précaires et qui ultérieurement deviennent extrêmement onéreuses. Tout cela représente des  échecs,  des échecs en puissance.

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Quelques nouvelles septembre 2020

 

                                                                                                                              L’ÉCHEC

 

Topo de Marcel Légaut du 1er août 1961 :   extrait n°6

 

 …/…A suivre : « LES ÉCHECS DE BASE SONT DUS AU DÉPHASAGE AVEC L’IDÉAL HUMAIN: »

 

 Si vous acceptez tout ce que je vous ai dit, si vous ne considérez pas ça comme des rêves, si vous considériez ça comme des choses, sinon possibles  au  moins  désirables,  comme  des  étoiles - limites vers lesquelles l’homme adulte, dans une croissance indéfinie de son être, doit approcher, il est normal que ces extrêmes objectifs de l'amour et de la paternité, déjà tout entiers enclos secrètement dans le premier regard d’amour ou dans le premier baiser paternel, exige de la part de l’homme ou de la femme, du  père ou de la mère, des  croissances  spirituelles qui sont tout à fait, je dirais, mal-proportionnées aux  moyens réels que l’homme et la femme ont ordinairement  pour se développer spirituellement. D'où un déphasage fatal entre ce qui devrait être réalisé pour que la plénitude de l'homme dans l’amour et la paternité y trouve sa réalisation et d'autre part s'y crée. Ce déphasage est à l'origine des échecs de base, des échecs non conséquence du péché, des échecs qui n'écrasent pas totalement parce que, en définitive, c'est encore des êtres spirituels dont il s'agit, et qui cependant restent intimement au fond du cœur de l’homme.

 

a)  Nos carences font partie de notre grandeur.

 

Dans cette perspective, ce n’est pas la peine d'essayer de se battre la coulpe avec bonne volonté  sur des péchés imaginaires comme on peut en avouer en confession. Mais il suffit simplement de prendre la vie comme elle se présente, avec sa réalité profonde, pour se rendre compte que malgré tout ce qu’on peut être et tout ce qu'on voudrait être, il n’est pas possible de ne pas être en déphasage vis-à-vis de ce qui devrait être. Ce n’est plus de l'ordre de la morale. Les moralistes sont mis à la porte. Ce n'est plus de l’ordre de la confession. C'est de l’ordre de la condition humaine. C’est de l’ordre de la condition humaine, cette sorte de pénurie, qui est notre grandeur  parce que c’est précisément la conséquence de la conscience de ce que nous pourrions  être, de ce que nous sommes appelés à être et de ce que nous ne pouvons pas être.

 

Remarquez d'ailleurs que. dans ce domaine, ce n'est pas simplement une carence  essentielle  à chacun mais il est évident que, dans l'ordre de l’amour comme dans l’ordre de la paternité, on n’est pas seul. L’homme aime sa femme et la femme aime l'homme. Evidemment, l'amour est encore plus difficile si l’homme et la femme ne se correspondent pas bien. De même dans la paternité, il est incontestable qu'il y a des carences des enfants par exemple qui  nuisent  profondément au développement de la paternité, de telle sorte qu'il y a un enchevêtrement de destinées et de défaillances — prenez le mot "défaillance" pas  dans  le  sens  peccamineux  du  terme, ce ne sont pas des péchés, mais dans le sens de "ratés".

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Quelques nouvelles Juillet-Août 2019

               

Précarité de ces trois sortes de foi.

Croire en soi serait ainsi l'alpha et l'oméga de l'homme, s'il pouvait y atteindre par ses propres moyens. Cependant cette foi, comme les deux autres, reste en chemin, imparfaitement elle-même, confusément mêlée d'évidences et de certitudes qui lui sont étrangères. Comme les deux autres elle est cernée d'apparences et de données qui s'opposent entre elles, qui l'aident ou la combattent et tendent à la dégrader en confiance ou à la faire disparaître. Aussi toutes trois sont-elles sans cesse à ressaisir. Plus l'homme est adulte, mieux il sait mesurer la distance humainement infranchissable qui le sépare d'elles.

ML 22NBMarchantToutes trois sont nourries de recherches et les suscitent sans cesse. Fidèles à la lucidité, sans connaître complètement leurs limites, elles n'ignorent pas leur ambiguïté, leur impureté, leur fragilité, inhérentes à la condition humaine. Elles se refusent cependant à renoncer parce qu'elles sont essentiellement attente  ; sinon elles dégénéreraient nécessairement en certitudes doctrinales ou affirmations volontaristes qui relèvent du domaine des connaissances que l'homme possède et des résolutions qu'il prend ; connaissances et résolutions qui le limitent à ce qu'il est capable de penser et de vouloir comme quiconque. Ces dégénérescences impliqueraient de sa part, malgré les apparences, une démission foncière.

Toutes trois cherchent et attendent dans la nuit l'aide fondamentale sans laquelle elles resteraient précaires et proches de l'impossible. Sans cette aide qui, par la nature de ce qu'elle a à promouvoir, est nécessairement intérieure et discrète à l'extrême  jusqu'à pouvoir être reçue sans être reconnue, elles seraient restées pratiquement ignorées.

L’HOMME À LA RECHERCHE DE SON HUMANITÉ.

ChIV : L’INTELLIGENCE DE SA MORT -  Aubier, p 87