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Edito Novembre 2021

L’amitié au groupe Légaut ?

Comment diable un groupe, en recherche de Jésus, en marge mais non en dehors de l’Église, fidèle aux justes interrogations scientifiques des différents modernistes, a-t-il pu tenir une centaine d’années ? Certes, la personnalité même de Marcel Légaut (1900-1990) l’explique en partie. Mais l’existence d’un groupe(1) et sa durée interrogent. L’insatisfaction liée aux enfantillages sulpiciens est certes une donnée, mais l’amitié en est une autre. Deux témoignages jettent une lueur.

Le premier est celui de René Raynal (1912- 2009), aveyronnais, ingénieur des Travaux publics, qui, en 1992, livre ses réflexions sur le groupe Légaut :

« Si le contact entre Légaut et le groupe n’a pas été rompu, c’est grâce à quelques éléments particulièrement fidèles, sur lesquels les événements, les obligations familiales ou l’évolution intérieure n’ont pas exercé de pressions centrifuges. Je pense tout particulièrement à Marguerite Miolane qui a été si proche et si compréhensive de Légaut et sans cesse dans les années suivantes, Pierre et Jéromine Voirin, Yvonne Gaston, l’abbé Gaudefroy, le père d’Ouince et quelques autres(2). À eux se sont joints, à la sortie de la guerre, quelques anciens qui, chargés de famille, trouvaient aux Granges un accueil de qualité pour eux et leurs enfants : Haumesser, Ehrhard, Girard, Épinat, Barbazanges... de telle sorte que, dans les années 45-50, le peuplement estival du hameau était constitué en grande partie par une population d’enfants jeunes et d’adolescents. »

Si la seconde guerre mondiale amène Légaut à s’éloigner progressivement de l’Université, à se marier et à s’installer dans un domaine perdu sylvo-pastoral du Diois, entre l’Occupation, la captivité en Oflags, tout est réuni pour qu’un groupe né en 1925, s’étiole, disparaisse. Légaut, habité par la nécessité d’une communauté, peut compter sur la fidélité, à hauteur de vie de certains. Des noms sont évoqués, derrière ces noms, des actions concrètes, un journal interne (Le Montcelet, puis Quelques Nouvelles), l’approvisionnement, l’organisation des rencontres, le suivi de l’effervescence en Allemagne, la garde du troupeau... ou l’achat collectif d’une magnanerie afin de tenir, en toute liberté, des rencontres d’été.

Le second témoignage est d’André Glossinde (+ 1989), inspecteur primaire en Meurthe-et- Moselle :

« [...] J’ai une affection particulière pour Légaut, une reconnaissance incom- mensurable envers lui, vous le devinez. Mais j’ai la même qualité de relation avec tous les camarades du groupe, quels qu’ils fussent, je veux dire qu’ils soient de l’état-major comme de la piétaille. Ce groupe avait quelque chose d’absolument unique, à mon avis. Ce qui est plus important que d’être disciples de Légaut, c’est la qualité de l’amitié. C’est ce qui frappe ceux qui viennent pour la première fois. On peut parler de relations immortelles. Je connais un tel depuis 45 ans. On s’est séparé pendant vingt ans, on se retrouve comme si on s’était qui(é la veille. Il y a là une qualité d’amitié en profondeur qui est absolument unique. »

Ensuite, c’est à chacun d’aller sur son chemin, et de pouvoir puiser une sérénité dans la régularité des rencontres, à une époque de délation ou de restauration, le temps de Vatican II ayant été somme toute court.

Dominique LERCH

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(1) En 1962, Marcel Légaut livre l’Historique du groupe Légaut, édité par l’ACML en 2021 (16 € + 6 € frais d’envoi).

(2) Petit à petit, les monographies concernant ces personnages sont placées sur le site de l’association marcel-legaut.org, y compris celle de Mgr Beaussart.