Quelques nouvelles juillet Août 2026
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LE CHEMINEMENT DE JÉSUS (4)
Il y a un événement de la jeunesse de Jésus sur lequel j’insisterais volontiers.
Dans l’évangile de Luc, nous voyons Jésus et ses parents monter à Jérusalem. Là, il manifeste un intérêt particulier pour les conversations avec les docteurs. Je ne suis pas absolument convaincu que ces conversations eurent lieu, mais cela me touche. À l’âge de 11-12 ans, un enfant est assez détaché d’une certaine manière du moule parental pour avoir son originalité propre. Il a des intérêts propres qui ne sont pas nécessairement ceux de son père et de sa mère.
D’autre part, je crois que lorsqu’un enfant se met à parler de choses religieuses avec un adulte, il y a chez l’adulte une certaine joie à lui répondre, une certaine espérance, qui lui donne la possibilité de répondre aux questions de ce jeune avec une intelligence suffisante pour que le jeune s’en nourrisse. Comme Jésus était un garçon vigoureux, qu’il avait une passion pour les choses religieuses, lorsque ses parents ont estimé qu’ils pouvaient repartir, lui s’est arrangé pour rester. On trouve en cet enfant de la vigueur, de l’originalité, de l’audace et une profondeur justifiant l’originalité et l’audace.
C’est cette personnalité qui va se développer tout au long de la vie de Jésus. Il est devenu celui qu’on n’attendait pas, puis on a découvert après qu’on l’attendait mais d’une tout autre manière que jadis. L’âge de 12 ans n’est pas un âge quelconque. Il peut y avoir une possibilité de découverte d’une réalité spirituelle qui pourra être nôtre progressivement si nous y correspondons par la fidélité et qui va plus loin que ce qu’on pouvait lui dire.
Ensuite, nous n’avons aucune idée sur ce que Jésus a vécu jusqu’à l’âge de 28-30 ans. Il était comme tout le monde. Quand il a commencé à être un homme public, il retourne dans son pays et on lui dit : Qu’est-ce que tu fais ? De quoi t’occupes-tu ? Tu nous embarrasses tous.
Homme comme tout le monde, du moins du dehors. Du dedans, on ne sait pas ce qui se passe dans le cœur d’un homme de 15, 16 ou 20 ans, avant que certains événements lui aient donné l’occasion d’émerger à un autre niveau que le niveau sociologique où il était jusqu’à présent enfermé.
Cela est arrivé à Jésus, car nous le voyons pour la première fois se mêler aux foules pieuses qui vont sur les bords du Jourdain se faire baptiser après avoir été sermonnées par Jean-Baptiste. Jean-Baptiste semblait être dans la ligne des anciens prophètes, de ceux qui depuis plusieurs siècles n’existaient plus dans Israël parce que Israël était dans la ligne d’Ezéchiel, c’est-à-dire dans la direction « temple, culte, sacerdoce, loi… ». Il faut l’avouer : sitôt que le sacerdoce, la loi, le culte, le temple prennent leur dimension, les prophètes disparaissent. Il y a un certain antagonisme entre une religion trop organisée, trop structurée et le prophétisme. Jean-Baptiste était dans la ligne de Jérémie, probablement. (à suivre)
Marcel LÉGAUT Annecy 1988
Articles et Conférences (Cahier 8 Tome III)
Ed. Xavier Huot, p. 554
Edito juillet août 2026
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La Nature, Mère de l’Humanité
On ne sait pas, avant.
On ne sait pas comment cela va se passer.
On pense que tout ira bien, qu’on sera assez fort pour assumer la situation.
Et cela se transforme, petit à petit.
Lorsque les mots se perdent,
Lorsque le pas hésite et se plie,
Lorsque la main se fait tremblante et ne saisit plus,
Lorsque les yeux se creusent, tournés vers l’intérieur où défilent et se mélangent des images éteintes,
Lorsque la pensée n’arrive plus jusqu’aux lèvres.
Le voici, le Grand Vieillard, à la fin d’un long cheminement dans le temps et dans l’espace.
Il ne sait plus le temps, il ne sait plus l’espace.
Il n’a qu’une boussole : la compagne qui subvient à ses besoins au jour le jour et sans laquelle il est perdu.
Oubli…. Les noms des personnes connues et aimées n’évoquent plus leurs images.
La représentation mentale ne se fait plus. Restent les photos… mais même celles-ci s’estompent dans la mémoire.
Peu à peu se réduit le champ des possibles.
Une à une s’arrêtent les activités habituelles, les occupations intellectuelles, la lecture, l’écriture...
Les capacités diminuent, on doit apporter davantage d’aide, on peut encore parfois en plaisanter.
Pourtant, cela devient difficile : d’abord le corps, lorsqu’une affection passagère en montre la fragilité, et nécessite davantage de prise en charge.
Fragilité aussi pour celui ou celle qui assiste la personne dépendante : un mauvais rhume, voire une atteinte plus grave, et la voilà en incapacité d’assumer ; pourtant il le faut. Pas commode !
A-t-on présumé de ses forces ? Quand tout va bien, on ne se pose pas la question… mais quand ça ne va pas… on réalise le poids de l’assistance.
Le Silence...
On perd la capacité de stimuler, de raconter… il n’y a pas de réponse, pas de compréhension. Le cadre de vie se rétrécit. On ressent un sentiment de vide, une perte d’initiative, un enfermement, un isolement et une grande frustration.
La musique est cependant d’un grand secours. Elle accompagne les longs temps passés dans le grand fauteuil. La joie revient quand les enfants rendent visite, invitent à une promenade...
Vivre ce moment. Être là, dans le présent. Assumer. Parfois en avoir assez, et maudire (tout juste un peu), la mécanique électrique qui stimule les battements du cœur. Se garder de trop penser à « Après »… malgré la frustration. Accepter d’être un peu découragé(e). Mais être là, dans la vie qui est encore là. Trouver comment établir la relation avec l’être qui n’a plus la capacité de communiquer : le regard, le toucher… Il y a quelques éclairs de connaissance : la lecture d’un poème, par exemple, ou bien quelques pages d’un journal de vacances rédigé lors de voyages avec les enfants jeunes.
C’est un cheminement dans la durée, cette « montée abrupte vers le réel » qu’exprime Marcel Légaut. Comment rester pleinement dans la Vie ? Comment garder le souvenir de la personne lorsqu’elle était dans la plénitude de ses fonctions physiques et intellectuelles ? Cela interroge également la compréhension de sa propre mort, mais surtout, de ce qui la précède : cette période où l’on n’est plus comme avant. Aborder la dépendance.
La proposition de formation proposée par Étienne Godinot « Vivre intensément en intégrant la mort » (QN 409 de juin) nous concerne tous, car aucun d’entre nous n’échappera à ce temps difficile. Y réfléchir lorsqu’on est encore bien vivant c’est important, pour chacun et pour celles et ceux qui nous entourent et qui seront, peut-être, nos soutiens dans ce temps futur.
Nous consacrerons le numéro du QN d’octobre prochain au « Grand Âge » : chaque lecteur peut d’ores et déjà rédiger un témoignage, une réflexion, une prière, ou autre, sur le sujet. Dessins et photos seront les bienvenus. Contributions attendues avant le 10 septembre.
À bientôt !
Odile Branciard


