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Enfant, je croyais – ou l’on me faisait croire – au Petit Jésus, puis plus tard au Bon Jésus qui avait une connotation un peu doucereuse, gentille, un peu rose bonbon, « un Jésus saint-sulpicien ».

Puis plus tard, dans l’adolescence, on m’initia au Fils de Dieu fait homme qui me concernait un peu mieux. De cette expressionFils de Dieu fait homme, je ne retins finalement que le 1er volet, tombant ainsi sous le coup d’une hérésie qui, je l’appris plus tard, s’appelait le docétisme1 ou le monophysisme (qui ne voulait plus voir dans le Christ que Dieu et la nature divine, et fut l’objet d’une condamnation au concile de Chalcédoine en 451).

Pendant longtemps, j’évitais de prononcer le nom de Jésus puisqu’il avait pour moi cette connotation saint-sulpicienne et je parlais du Christ, de Jésus-Christ, à la rigueur, du Seigneur. Jésus, je le voyais tellement au-dessus de moi, je me l’imaginais tellement puissant, Dieu lui-même (la 2ème personne de la Trinité !), Dieu qui a envoyé son fils devenir homme, mais étant toujours Dieu.

J’avoue que je ne comprenais pas bien ces termes et que je n’y voyais pas très clair, mais comment mettre en doute ce qui était dit et ces croyances

  • comment oser critiquer d’éminents théologiens beaucoup plus intelligents que moi

  • comment comprendre ce qui restait pour moi un mystère.

Ce n’est que tardivement que j’ai osé réfléchir lucidement, mettre en cause et émettre des critiques. Marcel Légaut y était pour beaucoup, car avec Jacqueline, ensemble à deux, nous avons décidé de revoir notre culture religieuse, de mettre à jour nos connaissances et notre spiritualité, de parfaire notre culture religieuse qui datait de l’époque de notre 1ère communion. Je me suis mis à l’étude des Évangiles, pour perfectionner notre savoir et approfondir une spiritualité qui en avait besoin. 

Et là, j’ai découvert d’abord l’ambiance sociale, économique, religieuse, politique de cette 1ère moitié du Ier siècle en Palestine, puis le charpentier-constructeur du village de Nazareth parlant son patois araméen avec ses parents Marie et Joseph, sa famille et ses voisins. Je ne pensais pas qu’il était possible de connaître autant de détails sur cette époque, par l’étude des textes, à la lumière des connaissances exégétiques, linguistiques et archéologiques des vingt dernières années.

1 Jésus n’ayant eu qu’une chair apparente, était né, avait souffert et était mort, et était ressuscité seulement en apparence. À cette époque, le pape était Léon le Grand (440-461) et l’empereur Marcien (450-457), époux de la sœur de l’empereur (oriental) Théodose II (408-450)